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Terminale D · Leçon 2

Les Suites Numériques

Suites : définition, modes de génération

Définition

Une suite numérique est une application de \(\mathbb{N}\) dans \(\mathbb{R}\). À tout entier naturel \(n\) on associe un réel \(u_n\), appelé terme de rang \(n\). On note la suite \((u_n)\) ou \((u_n)_{n\in\mathbb{N}}\).

Suite explicite

\(u_n\) s'exprime directement en fonction de \(n\) : \(u_n = f(n)\).

Exemples : \(u_n=3n+5\) · \(u_n=2^n\) · \(u_n=\dfrac{1}{n+1}\) · \(u_n=n^2-3n+2\)

Suite récurrente

On connaît le premier terme et une relation \(u_{n+1}=f(u_n)\) :

\[\begin{cases}u_0=a\\u_{n+1}=f(u_n)\end{cases}\]

Exemples : \(\begin{cases}u_0=1\\u_{n+1}=u_n+3\end{cases}\) (arithmétique) · \(\begin{cases}u_0=2\\u_{n+1}=2u_n\end{cases}\) (géométrique)

Calcul des premiers termes d'une suite récurrente

Construire un tableau \(n\mid u_n\) en partant de \(u_0\) et en appliquant la relation pas à pas. On ne peut pas "sauter" au rang \(n\) directement : il faut passer par \(u_1, u_2, \ldots, u_{n-1}\).

Suites monotones, majorées, minorées, bornées

Monotonie
  • Croissante : \(u_{n+1}\geq u_n\) pour tout \(n\)
  • Décroissante : \(u_{n+1}\leq u_n\) pour tout \(n\)
Trois méthodes pour étudier les variations
  • Méthode 1 — différence : signe de \(u_{n+1}-u_n\) — universelle, toujours applicable
  • Méthode 2 — rapport : comparer \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) à 1 — uniquement si tous les termes sont strictement positifs
  • Méthode 3 — fonction associée : si \(u_n=f(n)\), étudier le signe de \(f'(x)\) sur \([0;+\infty[\)
Exemple — Méthode de la différence

Étudions \(u_n=n^2-4n\) :

\[u_{n+1}-u_n=(n+1)^2-4(n+1)-(n^2-4n)=2n-3\]

\(u_{n+1}-u_n\geq 0\Leftrightarrow n\geq\frac{3}{2}\), soit \(n\geq 2\). Donc décroissante pour \(n\leq 1\), croissante pour \(n\geq 2\).

Méthode du rapport — condition d'emploi

Le rapport \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) n'est valide que si tous les termes sont strictement positifs. En présence de termes négatifs, le signe du rapport peut induire en erreur : utiliser la différence.

Définitions
  • Majorée : \(\exists M\in\mathbb{R},\;\forall n,\;u_n\leq M\)
  • Minorée : \(\exists m\in\mathbb{R},\;\forall n,\;u_n\geq m\)
  • Bornée : majorée et minorée, i.e. \(m\leq u_n\leq M\) pour tout \(n\)

Exemples : \(u_n=\frac{1}{n+1}\) bornée · \(u_n=n^2\) minorée non majorée · \(u_n=(-1)^n\) bornée

Figure interactive — Visualisation d'une suite

Choisissez un type et cliquez Tracer

Type : u₀ = r/q =

Points (n, uₙ) représentés en bleu. La droite rouge en tirets indique la borne inférieure visible. Modifiez les paramètres pour observer croissance, décroissance, bornage.

Raisonnement par récurrence

Principe

Méthode pour démontrer qu'une propriété \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout entier \(n\geq n_0\)

Les 3 étapes obligatoires
  1. Initialisation : vérifier que \(\mathcal{P}(n_0)\) est vraie.
  2. Hérédité : supposer \(\mathcal{P}(n)\) vraie pour un certain \(n\geq n_0\) (hypothèse de récurrence), puis démontrer \(\mathcal{P}(n+1)\) en utilisant cette hypothèse.
  3. Conclusion : "D'après le principe de récurrence, \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout \(n\geq n_0\)."
Les 3 erreurs éliminatoires
  • Oublier l'initialisation — démonstration incomplète, note = 0
  • Ne pas utiliser l'hypothèse de récurrence — écrire explicitement "par hypothèse de récurrence, \(u_n=\ldots\)" avant de l'utiliser
  • Omettre la conclusion globale — phrase finale indispensable pour le correcteur
Exemple 1 — Somme des entiers

Démontrons que pour tout \(n\geq 1\) : \(\displaystyle 1+2+\cdots+n=\dfrac{n(n+1)}{2}\)

Init. : Pour \(n=1\) : \(1=\frac{1\times 2}{2}=1\). Vrai.

Hér. : Supposons \(1+\cdots+n=\frac{n(n+1)}{2}\). Alors :

\[1+\cdots+n+(n+1)=\frac{n(n+1)}{2}+(n+1)=\frac{(n+1)(n+2)}{2}\]

Correspond à la formule au rang \(n+1\). Vrai.

Concl. : Par récurrence, \(1+\cdots+n=\dfrac{n(n+1)}{2}\) pour tout \(n\geq 1\).

Exemple 2 — Terme général d'une suite récurrente

Suite : \(u_0=1\), \(u_{n+1}=3u_n+2\). Montrons que \(u_n=2\times 3^n-1\).

Init. : \(u_0=1\) et \(2\times 3^0-1=1\). Vrai.

Hér. : Supposons \(u_n=2\times 3^n-1\). Alors :

\[u_{n+1}=3(2\times 3^n-1)+2=6\times 3^n-1=2\times 3^{n+1}-1\]

Correspond à la formule au rang \(n+1\). Vrai.

Concl. : Par récurrence, \(u_n=2\times 3^n-1\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Marquer l'hypothèse de récurrence

Sur la copie, écrire "par H.R." ou "par hypothèse de récurrence" au-dessus du signe "=" au moment où vous l'utilisez. Le correcteur doit voir clairement ce moment-clé.

Suites arithmétiques : terme général et somme

Définition

\((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) si \(u_{n+1}=u_n+r\), soit \(r=u_{n+1}-u_n=\text{constante}\).

Terme général et somme

\[u_n=u_0+n\cdot r \qquad\text{ou}\qquad u_n=u_p+(n-p)\cdot r\]

Sens : \(r>0\) → croissante · \(r<0\) → décroissante · \(r=0\) → constante

Somme de \(u_0\) à \(u_n\) (\(n+1\) termes) :

\[S_n=(n+1)\times\frac{u_0+u_n}{2}=(n+1)\times\frac{\text{premier}+\text{dernier}}{2}\]

Exemple

\(u_0=3\), \(r=5\) → \(u_n=3+5n\) → \(u_{10}=53\).

Somme des 11 premiers termes : \(S_{10}=11\times\dfrac{3+53}{2}=11\times 28=\mathbf{308}\)

Gauss : \(1+2+\cdots+100=100\times\dfrac{1+100}{2}=\mathbf{5050}\)

Mémo somme arithmétique

Nombre de termes × moyenne des extrêmes. Pour compter les termes entre \(u_p\) et \(u_q\) inclus : \(q-p+1\) termes.

Erreur de comptage — la plus fréquente au Bac

La somme \(S_n=u_0+u_1+\cdots+u_n\) contient \((n+1)\) termes, pas \(n\). Cette erreur de décalage d'indice est systématiquement sanctionnée.

Suites géométriques : terme général et somme

Définition

\((u_n)\) est géométrique de raison \(q\neq 0\) si \(u_{n+1}=q\cdot u_n\), soit \(q=\dfrac{u_{n+1}}{u_n}=\text{constante}\).

Terme général et somme

\[u_n=u_0\times q^n \qquad\text{ou}\qquad u_n=u_p\times q^{n-p}\]

Somme de \(u_0\) à \(u_n\) (si \(q\neq 1\)) :

\[S_n=u_0\times\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\]

Si \(q=1\) : \(S_n=(n+1)\,u_0\)

Exemple

\(u_0=2\), \(q=3\) → \(u_n=2\times 3^n\) → \(u_5=486\).

Somme : \(S_5=2\times\dfrac{1-3^6}{1-3}=2\times\dfrac{-728}{-2}=\mathbf{728}\)

Formule invalide si q = 1

\(\dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}\) est invalide pour \(q=1\) (division par zéro). Dans ce cas utiliser \(S_n=(n+1)\,u_0\).

Caractérisations
  • Arithmétique \(\Leftrightarrow\) \(u_n=\dfrac{u_{n-1}+u_{n+1}}{2}\)
  • Géométrique \(\Leftrightarrow\) \(u_n^2=u_{n-1}\times u_{n+1}\)

Figure interactive — Arithmétique vs Géométrique

Arithmétique
Géométrique
u₀ = r = q =

Comparez la croissance linéaire (arithmétique, bleu) et la croissance exponentielle (géométrique, or). Pour |q|<1 la suite géométrique tend vers 0.

Suites arithmético-géométriques et suite auxiliaire

Définition

\((u_n)\) est arithmético-géométrique si \(\begin{cases}u_0=a\\u_{n+1}=b\cdot u_n+c\end{cases}\) avec \(b\neq 0\), \(b\neq 1\), \(c\neq 0\).

Cas dégénérés : \(b=1\) → arithmétique · \(c=0\) → géométrique

Méthode du point fixe — 4 étapes
  1. Point fixe \(\ell\) : résoudre \(\ell=b\ell+c\) → \(\ell=\dfrac{c}{1-b}\)
  2. Suite auxiliaire : poser \(v_n=u_n-\ell\) et montrer \(v_{n+1}=b\cdot v_n\) (géométrique de raison \(b\))
  3. Exprimer \(v_n\) : \(v_n=(u_0-\ell)\times b^n\)
  4. Revenir à \(u_n\) : \(u_n=(u_0-\ell)\times b^n+\ell\)
Exemple 1

Suite : \(u_0=5\), \(u_{n+1}=2u_n+3\).

1. \(\ell=2\ell+3\Rightarrow\ell=-3\)

2. \(v_n=u_n+3\) → \(v_{n+1}=2v_n\) (géom. raison 2)

3. \(v_0=8\) → \(v_n=8\times 2^n\)

\[u_n=8\times 2^n-3\]

Exemple 2

Suite : \(u_0=1\), \(u_{n+1}=\tfrac{1}{2}u_n+4\). Point fixe \(\ell=8\).

\[u_n=8-7\times\left(\frac{1}{2}\right)^n\]

Vérification obligatoire dans l'hérédité

Pour montrer que \(v_{n+1}=bv_n\), il faut utiliser l'égalité \(\ell=b\ell+c\) pour faire disparaître la constante. Sans cette manipulation, le calcul ne se simplifie pas.

Figure interactive — Toile d'araignée (suite arithmético-géométrique)

y = bx+c
y = x (bissectrice)
Toile
Point fixe ℓ
u₀ = b = c = Étapes :

Si |b|<1 la toile spirale vers le point fixe (convergence). Si |b|>1 elle s'en éloigne (divergence). Le point fixe ℓ=c/(1−b) est l'intersection de y=bx+c et y=x.

Limite d'une suite, convergence, limites usuelles

Limite finie — Convergence

\(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=\ell\) : la suite est convergente. Elle peut diverger sans avoir de limite : \(u_n=(-1)^n\) oscille entre −1 et 1.

Tableau de référence
Suite \(u_n\)Limite en \(+\infty\)
\(\dfrac{1}{n^p}\) (\(p>0\))0
\(n^p\) (\(p>0\))\(+\infty\)
\(q^n\) si \(|q|<1\)0
\(q^n\) si \(q>1\)\(+\infty\)
\(q^n\) si \(q=1\)1
\(q^n\) si \(q\leq-1\)Pas de limite
Règle clé — puissances de q

Si \(|q|<1\) alors \(q^n\to 0\). Exemples : \(\left(\frac{1}{2}\right)^n\to 0\), \((0{,}9)^n\to 0\), \((-0{,}3)^n\to 0\). Si \(|q|>1\) la suite diverge.

Formes indéterminées — factoriser par le terme dominant

Les formes \(+\infty-\infty\), \(0\times\infty\), \(\frac{\infty}{\infty}\), \(\frac{0}{0}\) ne peuvent pas être calculées directement.

Exemple : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}\frac{3n^2+2n-1}{5n^2-4}=\lim\frac{n^2(3+\frac{2}{n}-\frac{1}{n^2})}{n^2(5-\frac{4}{n^2})}=\frac{3}{5}\)

Théorèmes de convergence : monotone bornée, gendarmes, suites adjacentes

Suite monotone et bornée
  • Toute suite croissante et majorée converge
  • Toute suite décroissante et minorée converge
Théorème des Gendarmes (suites)

Si \(u_n\leq v_n\leq w_n\) et \(\lim u_n=\lim w_n=\ell\), alors \(\lim v_n=\ell\).

Exemple : \(-\dfrac{1}{n}\leq\dfrac{\sin n}{n}\leq\dfrac{1}{n}\) et les extrêmes → 0, donc \(\displaystyle\lim\frac{\sin n}{n}=0\).

Suites adjacentes

Deux suites \((u_n)\) et \((v_n)\) sont adjacentes si : \((u_n)\) croissante, \((v_n)\) décroissante, \(\lim(v_n-u_n)=0\). Elles convergent alors vers la même limite \(\ell\) avec \(u_n\leq\ell\leq v_n\).

Trouver la limite par le point fixe

Quand une suite récurrente \(u_{n+1}=f(u_n)\) converge vers \(\ell\), alors \(\ell=f(\ell)\) : la limite est le point fixe de la relation.

Résumé

Résumé — Suites Numériques
Arithmétique

\(u_{n+1}=u_n+r\) · \(u_n=u_0+nr\) · \(S_n=(n+1)\frac{u_0+u_n}{2}\)

Géométrique

\(u_{n+1}=qu_n\) · \(u_n=u_0q^n\) · \(S_n=u_0\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\)

Arithmético-géométrique

Point fixe \(\ell=\frac{c}{1-b}\) · \(v_n=u_n-\ell\) géométrique · \(u_n=(u_0-\ell)b^n+\ell\)

Convergence

Croissante + majorée → converge · Décroissante + minorée → converge · Limite = point fixe

Limite géométrique

\(|q|<1\Rightarrow q^n\to 0\) · \(q>1\Rightarrow q^n\to+\infty\) · \(q\leq-1\) → pas de limite

Récurrence — 3 étapes

1. Initialisation · 2. Hérédité (avec H.R. explicite) · 3. Conclusion globale

Sujet type Bac

Exercice type Bac

Énoncé : Soit \((u_n)\) définie par \(\begin{cases}u_0=4\\u_{n+1}=\dfrac{1}{3}u_n+2\end{cases}\).

A. Premiers termes : \(u_1=\frac{10}{3}\approx 3{,}33\) · \(u_2=\frac{28}{9}\approx 3{,}11\) — La suite semble décroissante et converger vers 3.

B. Bornage par récurrence — \(\mathcal{P}(n):u_n>3\)

Init. : \(u_0=4>3\). Vrai.
Hér. : Si \(u_n>3\), alors \(u_{n+1}=\frac{1}{3}u_n+2>\frac{1}{3}(3)+2=3\). Vrai.
Concl. : \(u_n>3\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Variations : \(u_{n+1}-u_n=-\frac{2}{3}u_n+2=2\!\left(1-\frac{u_n}{3}\right)<0\) car \(u_n>3\). Donc \((u_n)\) est décroissante et minorée par 3 → converge.

C. Suite auxiliaire : \(v_n=u_n-3\) → \(v_{n+1}=\frac{1}{3}v_n\) → \(v_n=\left(\frac{1}{3}\right)^n\).

\[u_n=3+\left(\frac{1}{3}\right)^n\]

D. Limite : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=3+0=\mathbf{3}\)

Tombé au Bac

Des exercices de sujets du Bac et de sujets d'entraînement qui portent sur cette leçon, corrigés question par question.

  1. 2022Bac D 2022 — 2nd tourExercice 2 — Suites numériques · 4 pts
  2. 2020Bac D 2020 — 1er tourExercice 1 — Suites · 4 pts
  3. 2017Bac D 2017 — 2nd tourExercice 1 — Suites · 4 pts
  4. 2016Bac D 2016 — 1er tourProblème — Partie C
  5. 2025Bac D 2025 — 1er tourProblème — Partie C : Suite $(U_n)$ · 2 pts

Les 11 sujets qui portent sur cette leçon

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