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Terminale D · Leçon 8

Suites numériques

Ce que dit le programme officiel (12 points)
  • Toute suite croissante et majorée converge
  • Toute suite décroissante et minorée converge
  • les propriétés sur la convergence des suites numériques
  • si (𝑢𝑛)est une suite convergente vers 𝑎 et 𝑓 une fonction continue en 𝑎 alors la suite 𝑣𝑛 = 𝑓(𝑢𝑛) converge vers 𝑓(𝑎).
  • soit 𝑓 une fonction, 𝐷𝑓 son ensemble et (𝑢𝑛) une suite d’éléments de 𝐷f.
  • les propriétés des suites récurrentes définies par une relation du type 𝑢𝑛+1 = 𝑓(𝑢𝑛)
  • les propriétés sur la divergence des suites monotones
  • Toute suite croissante et non majorée a pour limite +∞
  • Toute suite décroissante et non minorée a pour limite −∞
  • des suites géométriques
  • L’étude des suites sera étroitement liée à celle des fonctions. Le sens de variation ou les propriétés de certaines fonctions permettront de conclure sur le comportement des suites.
  • Dans l’étude d’une suite récurrente, on pourra s’appuyer, quand le contexte le permettra, sur la représentation graphique pour conjecturer le comportement de la suite.

Source : Programme éducatif Terminale D, DPFC, version CND 0923

Théorèmes de convergence : monotone bornée, gendarmes, suites adjacentes

Suite monotone et bornée
  • Toute suite croissante et majorée converge
  • Toute suite décroissante et minorée converge
Théorème des Gendarmes (suites)

Si \(u_n\leq v_n\leq w_n\) et \(\lim u_n=\lim w_n=\ell\), alors \(\lim v_n=\ell\).

Exemple : \(-\dfrac{1}{n}\leq\dfrac{\sin n}{n}\leq\dfrac{1}{n}\) et les extrêmes → 0, donc \(\displaystyle\lim\frac{\sin n}{n}=0\).

Suites adjacentes

Deux suites \((u_n)\) et \((v_n)\) sont adjacentes si : \((u_n)\) croissante, \((v_n)\) décroissante, \(\lim(v_n-u_n)=0\). Elles convergent alors vers la même limite \(\ell\) avec \(u_n\leq\ell\leq v_n\).

Trouver la limite par le point fixe

Quand une suite récurrente \(u_{n+1}=f(u_n)\) converge vers \(\ell\), alors \(\ell=f(\ell)\) : la limite est le point fixe de la relation.

Limite d'une suite, convergence, limites usuelles

Limite finie — Convergence

\(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=\ell\) : la suite est convergente. Elle peut diverger sans avoir de limite : \(u_n=(-1)^n\) oscille entre −1 et 1.

Tableau de référence
Suite \(u_n\)Limite en \(+\infty\)
\(\dfrac{1}{n^p}\) (\(p>0\))0
\(n^p\) (\(p>0\))\(+\infty\)
\(q^n\) si \(|q|<1\)0
\(q^n\) si \(q>1\)\(+\infty\)
\(q^n\) si \(q=1\)1
\(q^n\) si \(q\leq-1\)Pas de limite
Règle clé — puissances de q

Si \(|q|<1\) alors \(q^n\to 0\). Exemples : \(\left(\frac{1}{2}\right)^n\to 0\), \((0{,}9)^n\to 0\), \((-0{,}3)^n\to 0\). Si \(|q|>1\) la suite diverge.

Formes indéterminées — factoriser par le terme dominant

Les formes \(+\infty-\infty\), \(0\times\infty\), \(\frac{\infty}{\infty}\), \(\frac{0}{0}\) ne peuvent pas être calculées directement.

Exemple : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}\frac{3n^2+2n-1}{5n^2-4}=\lim\frac{n^2(3+\frac{2}{n}-\frac{1}{n^2})}{n^2(5-\frac{4}{n^2})}=\frac{3}{5}\)

Suites récurrentes uₙ₊₁ = f(uₙ) et point fixe

Théorème — Identification par le point fixe

Si la suite \((u_n)\) définie par \(u_{n+1} = f(u_n)\) converge vers un réel \(\ell\) et si \(f\) est continue en \(\ell\), alors \(\ell\) est un point fixe de \(f\) : \[ f(\ell) = \ell. \] La démarche est donc : montrer que la suite converge (théorème de la limite monotone), puis résoudre \(f(x) = x\) dans l'intervalle stable pour identifier la limite.

Méthode — Étude complète d'une suite récurrente
  1. Trouver un intervalle stable \(I\) : montrer que si \(u_n \in I\) alors \(f(u_n) \in I\).
  2. Montrer par récurrence que \(u_n \in I\) : initialisation, hérédité via la stabilité.
  3. Étudier la monotonie : souvent via le signe de \(f(x) - x\) sur \(I\).
  4. Conclure : croissante bornée supérieurement → convergence.
  5. Identifier \(\ell\) : résoudre \(f(x) = x\) dans \(I\).
Théorème — Convergence par l'IAF

Si \(f\) est dérivable sur un intervalle stable \(I\) et si \(|f'(x)| \le k < 1\) pour tout \(x \in I\), alors : \[ |u_{n+1} - \ell| = |f(u_n) - f(\ell)| \le k\,|u_n - \ell|, \qquad |u_n - \ell| \le k^n \,|u_0 - \ell| \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0. \] Cette méthode prouve simultanément la convergence et une vitesse de convergence.

Exemple complet — \(u_0 = 0\), \(u_{n+1} = \dfrac{u_n}{2} + 2\)

On pose \(f(x) = \dfrac{x}{2} + 2\).

Point fixe : \(f(\ell) = \ell \iff \dfrac{\ell}{2} + 2 = \ell \iff \ell = 4\).

Intervalle stable : si \(x \in [0\,;\,4]\), alors \(f(x) \in [2\,;\,4] \subset [0\,;\,4]\).

Monotonie : \(u_{n+1} - u_n = 2 - \dfrac{u_n}{2} \ge 0\) car \(u_n \le 4\) → suite croissante.

Convergence : croissante et majorée par 4 → converge. Par continuité de \(f\), la limite vérifie \(f(\ell) = \ell\), d'où \(\ell = 4\).

Via l'IAF : \(f'(x) = \dfrac{1}{2}\) sur \(\mathbb{R}\), donc \(|u_n - 4| \le \left(\dfrac{1}{2}\right)^n |u_0 - 4| = \dfrac{4}{2^n} \to 0\).

Toile d'araignée — \(u_{n+1} = f(u_n)\), \(f(x) = ax + b\)

\(y = f(x)\)
\(y = x\)
toile \(u_0, u_1, \ldots\)
point fixe \(\ell\)

Ajustez les paramètres pour visualiser la convergence ou la divergence

La toile d'araignée permet de prévoir graphiquement le comportement de la suite. Depuis \((u_0, 0)\), on monte jusqu'à la courbe de \(f\), puis horizontalement jusqu'à la droite \(y = x\), et ainsi de suite. Si \(|a| < 1\), la suite converge vers le point fixe \(\ell = b/(1-a)\).

Piège fréquent

Résoudre \(f(x) = x\) sans avoir préalablement prouvé la convergence est sans valeur. Si la suite diverge, un point fixe peut exister sans que la suite ne le rejoigne. On doit d'abord établir la convergence, puis identifier la limite.

Suites géométriques : terme général et somme

Définition

\((u_n)\) est géométrique de raison \(q\neq 0\) si \(u_{n+1}=q\cdot u_n\), soit \(q=\dfrac{u_{n+1}}{u_n}=\text{constante}\).

Terme général et somme

\[u_n=u_0\times q^n \qquad\text{ou}\qquad u_n=u_p\times q^{n-p}\]

Somme de \(u_0\) à \(u_n\) (si \(q\neq 1\)) :

\[S_n=u_0\times\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\]

Si \(q=1\) : \(S_n=(n+1)\,u_0\)

Exemple

\(u_0=2\), \(q=3\) → \(u_n=2\times 3^n\) → \(u_5=486\).

Somme : \(S_5=2\times\dfrac{1-3^6}{1-3}=2\times\dfrac{-728}{-2}=\mathbf{728}\)

Formule invalide si q = 1

\(\dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}\) est invalide pour \(q=1\) (division par zéro). Dans ce cas utiliser \(S_n=(n+1)\,u_0\).

Caractérisations
  • Arithmétique \(\Leftrightarrow\) \(u_n=\dfrac{u_{n-1}+u_{n+1}}{2}\)
  • Géométrique \(\Leftrightarrow\) \(u_n^2=u_{n-1}\times u_{n+1}\)

Figure interactive — Arithmétique vs Géométrique

Arithmétique
Géométrique
u₀ = r = q =

Comparez la croissance linéaire (arithmétique, bleu) et la croissance exponentielle (géométrique, or). Pour |q|<1 la suite géométrique tend vers 0.

Suites monotones, majorées, minorées, bornées

Monotonie
  • Croissante : \(u_{n+1}\geq u_n\) pour tout \(n\)
  • Décroissante : \(u_{n+1}\leq u_n\) pour tout \(n\)
Trois méthodes pour étudier les variations
  • Méthode 1 — différence : signe de \(u_{n+1}-u_n\) — universelle, toujours applicable
  • Méthode 2 — rapport : comparer \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) à 1 — uniquement si tous les termes sont strictement positifs
  • Méthode 3 — fonction associée : si \(u_n=f(n)\), étudier le signe de \(f'(x)\) sur \([0;+\infty[\)
Exemple — Méthode de la différence

Étudions \(u_n=n^2-4n\) :

\[u_{n+1}-u_n=(n+1)^2-4(n+1)-(n^2-4n)=2n-3\]

\(u_{n+1}-u_n\geq 0\Leftrightarrow n\geq\frac{3}{2}\), soit \(n\geq 2\). Donc décroissante pour \(n\leq 1\), croissante pour \(n\geq 2\).

Méthode du rapport — condition d'emploi

Le rapport \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) n'est valide que si tous les termes sont strictement positifs. En présence de termes négatifs, le signe du rapport peut induire en erreur : utiliser la différence.

Définitions
  • Majorée : \(\exists M\in\mathbb{R},\;\forall n,\;u_n\leq M\)
  • Minorée : \(\exists m\in\mathbb{R},\;\forall n,\;u_n\geq m\)
  • Bornée : majorée et minorée, i.e. \(m\leq u_n\leq M\) pour tout \(n\)

Exemples : \(u_n=\frac{1}{n+1}\) bornée · \(u_n=n^2\) minorée non majorée · \(u_n=(-1)^n\) bornée

Figure interactive — Visualisation d'une suite

Choisissez un type et cliquez Tracer

Type : u₀ = r/q =

Points (n, uₙ) représentés en bleu. La droite rouge en tirets indique la borne inférieure visible. Modifiez les paramètres pour observer croissance, décroissance, bornage.

Résumé

Résumé — Suites Numériques
Arithmétique

\(u_{n+1}=u_n+r\) · \(u_n=u_0+nr\) · \(S_n=(n+1)\frac{u_0+u_n}{2}\)

Géométrique

\(u_{n+1}=qu_n\) · \(u_n=u_0q^n\) · \(S_n=u_0\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\)

Arithmético-géométrique

Point fixe \(\ell=\frac{c}{1-b}\) · \(v_n=u_n-\ell\) géométrique · \(u_n=(u_0-\ell)b^n+\ell\)

Convergence

Croissante + majorée → converge · Décroissante + minorée → converge · Limite = point fixe

Limite géométrique

\(|q|<1\Rightarrow q^n\to 0\) · \(q>1\Rightarrow q^n\to+\infty\) · \(q\leq-1\) → pas de limite

Récurrence — 3 étapes

1. Initialisation · 2. Hérédité (avec H.R. explicite) · 3. Conclusion globale

Résumé — Suites numériques
Récurrence

Initialisation + hérédité dans cet ordre. On suppose \(P(n)\) et on déduit \(P(n+1)\), jamais l'inverse.

Monotonie

Signe de \(u_{n+1} - u_n\), quotient si \(u_n > 0\), variations de \(f\) si explicite, récurrence si récurrente.

Convergence

Croissante majorée ou décroissante minorée → convergence (admis). Gendarmes : deux suites encadrantes de même limite.

Suite \(u_n = f(n)\)

Transférer les limites de fonctions. Croissances comparées : \(\ln n \ll n^\alpha \ll a^n \ll n!\).

Point fixe

Si \((u_n)\) converge et \(f\) est continue en \(\ell\), alors \(f(\ell) = \ell\). Méthode en 5 étapes.

IAF et vitesse

Si \(|f'| \le k < 1\) sur l'intervalle stable : \(|u_n - \ell| \le k^n |u_0 - \ell| \to 0\).

Sujet type Bac

Exercice type Bac

Énoncé : Soit \((u_n)\) définie par \(\begin{cases}u_0=4\\u_{n+1}=\dfrac{1}{3}u_n+2\end{cases}\).

A. Premiers termes : \(u_1=\frac{10}{3}\approx 3{,}33\) · \(u_2=\frac{28}{9}\approx 3{,}11\) — La suite semble décroissante et converger vers 3.

B. Bornage par récurrence — \(\mathcal{P}(n):u_n>3\)

Init. : \(u_0=4>3\). Vrai.
Hér. : Si \(u_n>3\), alors \(u_{n+1}=\frac{1}{3}u_n+2>\frac{1}{3}(3)+2=3\). Vrai.
Concl. : \(u_n>3\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Variations : \(u_{n+1}-u_n=-\frac{2}{3}u_n+2=2\!\left(1-\frac{u_n}{3}\right)<0\) car \(u_n>3\). Donc \((u_n)\) est décroissante et minorée par 3 → converge.

C. Suite auxiliaire : \(v_n=u_n-3\) → \(v_{n+1}=\frac{1}{3}v_n\) → \(v_n=\left(\frac{1}{3}\right)^n\).

\[u_n=3+\left(\frac{1}{3}\right)^n\]

D. Limite : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=3+0=\mathbf{3}\)

Suite récurrente — algorithme de Héron

On considère la suite \((u_n)\) définie par \(u_0 = 1\) et, pour tout \(n \in \mathbb{N}\) : \[ u_{n+1} = \frac{u_n^{\,2} + 2}{2\,u_n}. \]

Question 1. Calculer \(u_1\) et \(u_2\). En déduire une conjecture sur le comportement de la suite.

Solution \[ u_1 = \frac{1 + 2}{2} = \frac{3}{2} = 1{,}5, \qquad u_2 = \frac{(3/2)^2 + 2}{2 \cdot 3/2} = \frac{17}{12} \approx 1{,}417. \]

Les termes semblent décroître et se rapprocher de \(\sqrt{2} \approx 1{,}414\). Conjecture : la suite converge vers \(\sqrt{2}\).

Question 2. Déterminer les points fixes de \(f(x) = \dfrac{x^2+2}{2x}\).

Solution

On résout \(f(x) = x\) pour \(x > 0\) :

\[ \frac{x^2 + 2}{2x} = x \iff x^2 + 2 = 2x^2 \iff x^2 = 2 \iff x = \sqrt{2}. \]

Question 3. Montrer par récurrence que \(u_n \ge \sqrt{2}\) pour tout \(n \ge 1\).

Solution

Initialisation (\(n=1\)) : \(u_1 = 3/2 > \sqrt{2}\). Vrai.

Hérédité : supposons \(u_n \ge \sqrt{2}\). On calcule :

\[ u_{n+1} - \sqrt{2} = \frac{u_n^2 + 2 - 2\sqrt{2}\,u_n}{2u_n} = \frac{(u_n - \sqrt{2})^2}{2u_n} \ge 0. \]

Le numérateur est positif ou nul, le dénominateur est positif : \(u_{n+1} \ge \sqrt{2}\).

Question 4. Montrer que la suite est décroissante à partir du rang 1.

Solution

Pour \(n \ge 1\), on a \(u_n \ge \sqrt{2} > 0\) :

\[ u_{n+1} - u_n = \frac{u_n^2 + 2 - 2u_n^2}{2u_n} = \frac{2 - u_n^2}{2u_n}. \]

Comme \(u_n^2 \ge 2\), on a \(2 - u_n^2 \le 0\) et \(2u_n > 0\) : la suite est décroissante.

Question 5. Conclure sur la convergence et calculer la limite.

Solution

À partir du rang 1, la suite est décroissante et minorée par \(\sqrt{2}\). Par le théorème de la limite monotone, elle converge. Sa limite \(\ell\) vérifie \(f(\ell) = \ell\), d'où :

\[ \lim_{n \to +\infty} u_n = \sqrt{2}. \]

C'est l'algorithme de Héron, méthode de calcul numérique de \(\sqrt{2}\) connue depuis l'Antiquité. Le nombre de décimales exactes double à chaque itération.

Mode hors-ligne — données en cache