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Série A · Partie 1 sur 2 · Analyse

Analyse, Suites & Fonctions

Fonctions numériques (limites, dérivation, étude complète) · Suites numériques · Logarithme & exponentielle · Équations, inéquations et systèmes. Première partie du programme de Terminale Série A.

6 chapitres 24 h de cours Accès gratuit
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6 / 6 chapitres
I

Fonctions numériques — Limites

12 h de cours Analyse En ligne

1 — Rappels : limites de référence

Avant d'aborder les techniques de calcul, il est indispensable de maîtriser le comportement asymptotique des fonctions élémentaires. Ce sont elles qui servent de « briques » dans toute limite plus complexe.

Limites en l'infini \[ \lim_{x\to+\infty} x^n = +\infty \quad (n \ge 1) \qquad \lim_{x\to+\infty} \frac{1}{x^n} = 0 \] \[ \lim_{x\to-\infty} x^n = \begin{cases} +\infty & \text{si } n \text{ pair} \\ -\infty & \text{si } n \text{ impair} \end{cases} \qquad \lim_{x\to+\infty} \sqrt{x} = +\infty \] \[ \lim_{x\to+\infty} e^x = +\infty \qquad \lim_{x\to-\infty} e^x = 0 \qquad \lim_{x\to+\infty} \ln x = +\infty \qquad \lim_{x\to 0^+} \ln x = -\infty \]
Limite en un point — limite à gauche et à droite

Lorsqu'une fonction n'est pas définie en un point \(a\) (par exemple parce qu'elle possède un pôle en ce point), on distingue la limite à droite \(\lim_{x\to a^+} f(x)\) et la limite à gauche \(\lim_{x\to a^-} f(x)\). Si ces deux limites existent et sont égales, on dit que \(f\) a une limite en \(a\) ; sinon, la limite en \(a\) n'existe pas.

Exemple 1 — Puissances

Calculons \(\lim_{x\to-\infty} x^3\) et \(\lim_{x\to-\infty} x^4\). Puisque \(3\) est impair, \(x^3 \to -\infty\). Puisque \(4\) est pair, \(x^4 \to +\infty\). La parité change tout le signe.

Exemple 2 — Pôle de \(1/x\)

Quand \(x\to 0^+\), on a \(x > 0\) donc \(\tfrac{1}{x} \to +\infty\). Quand \(x\to 0^-\), on a \(x < 0\) donc \(\tfrac{1}{x} \to -\infty\). La limite en \(0\) n'existe pas ; il y a deux limites unilatérales opposées.

Exemple 3 — Logarithme

\(\ln\) n'est défini que sur \(\mathopen]0\,,+\infty\mathclose[\). Lorsque \(x\to 0^+\), \(\ln x \to -\infty\) : la courbe plonge verticalement vers \(-\infty\) en s'approchant de l'axe des ordonnées. Lorsque \(x\to+\infty\), \(\ln x \to +\infty\) mais très lentement — bien plus lentement que n'importe quelle puissance de \(x\).

Astuce — Se rappeler le signe d'une puissance

Pour un exposant entier impair, le signe de \(x^n\) est celui de \(x\) ; pour un exposant pair, \(x^n\) est toujours positif ou nul. En pratique : « pair → positif, impair → garde le signe ».

Figure 1 — Comportement comparé de \(x^n\) selon la parité de \(n\)

\(y=x^2\)
\(y=x^3\)
\(y=x\)

2 — Opérations sur les limites et formes indéterminées

Lorsque les limites de deux fonctions sont connues, on peut calculer la limite de leur somme, de leur produit ou de leur quotient en combinant ces résultats — sauf dans certains cas particuliers où l'opération produit une forme indéterminée, c'est-à-dire une expression dont le signe ou la valeur ne peut pas être décidée a priori.

Règles opératoires

Si \(\lim f = \ell\) et \(\lim g = m\) (finis ou infinis), alors sous réserve que le résultat ne soit pas indéterminé :

OpérationRésultatCas indéterminés
\(f + g\)\(\ell + m\)\(+\infty - \infty\)
\(f \times g\)\(\ell \times m\)\(0 \times \infty\)
\(f / g\)\(\ell / m\)\(\infty/\infty\) et \(0/0\)
Les quatre formes indéterminées \[ \infty - \infty \qquad \frac{\infty}{\infty} \qquad \frac{0}{0} \qquad 0 \times \infty \]

Dans chacun de ces cas, le résultat peut valoir n'importe quel réel, \(+\infty\) ou \(-\infty\) selon les fonctions concernées. Il faut lever l'indétermination par un calcul algébrique.

Méthode — Polynômes et fractions rationnelles en \(\pm\infty\)

En \(+\infty\) ou \(-\infty\), un polynôme se comporte comme son terme de plus haut degré. Pour une fraction rationnelle, on compare les degrés du numérateur et du dénominateur après factorisation par la puissance dominante.

Concrètement, on met en facteur \(x^n\) (puissance la plus grande présente) au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie. Les termes en \(1/x^k\) tendent vers \(0\) et disparaissent.

Exemple 1 — Polynôme (forme \(\infty - \infty\))

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(3x^2 - 5x + 1)\).

\[ 3x^2 - 5x + 1 = x^2\!\left(3 - \frac{5}{x} + \frac{1}{x^2}\right). \]

Comme \(x^2 \to +\infty\) et le facteur entre parenthèses tend vers \(3 > 0\), le produit tend vers \(+\infty\). Le terme \(3x^2\) « l'emporte » sur \(-5x\).

Exemple 2 — Fraction (forme \(\infty/\infty\)), cas degrés égaux

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{2x+1}{x-3}\).

\[ \frac{2x+1}{x-3} = \frac{x(2+1/x)}{x(1-3/x)} = \frac{2+1/x}{1-3/x} \;\xrightarrow[x\to+\infty]{}\; \frac{2}{1} = 2. \]

Les deux degrés sont égaux, la limite est le rapport des coefficients directeurs : \(2/1 = 2\).

Exemple 3 — Fraction, degré numérateur inférieur

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\frac{x+1}{x^2+2}\).

\[ \frac{x+1}{x^2+2} = \frac{x^2\left(\frac{1}{x}+\frac{1}{x^2}\right)}{x^2\!\left(1+\frac{2}{x^2}\right)} = \frac{\frac{1}{x}+\frac{1}{x^2}}{1+\frac{2}{x^2}} \;\to\; 0. \]

Le dénominateur « grandit plus vite » : la limite vaut \(0\).

Piège — Ne pas conclure trop vite sur le signe

Pour \(\displaystyle\lim_{x\to-\infty}(x^2 - x)\), on factorise par \(x^2\) et on obtient \(x^2(1 - 1/x)\). Attention : quand \(x\to-\infty\), \(-1/x\to 0^+\), le facteur entre parenthèses tend vers \(1 > 0\), et \(x^2 \to +\infty\). La limite est \(+\infty\), même si les deux termes semblent de signes opposés.

Figure 2 — Comportement de \(\dfrac{ax+1}{x-b}\) quand \(x\to\pm\infty\)

courbe
asymptote horizontale

3 — Limites de fonctions irrationnelles

Dès qu'une expression contient des racines carrées en addition ou en soustraction, les développements standards ne fonctionnent plus directement. La technique de la quantité conjuguée permet de transformer une forme \(\infty - \infty\) en une expression calculable.

Méthode — Quantité conjuguée

On s'appuie sur l'identité algébrique \((\sqrt{A} - \sqrt{B})(\sqrt{A} + \sqrt{B}) = A - B\). On multiplie et divise par la somme conjuguée \(\sqrt{A} + \sqrt{B}\) pour faire apparaître \(A - B\) au numérateur, expression polynomiale dont on sait calculer la limite.

Exemple 1 — Différence de racines simples

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(\sqrt{x+1}-\sqrt{x})\). C'est une forme \(\infty - \infty\).

\[ \sqrt{x+1}-\sqrt{x} = \frac{(\sqrt{x+1}-\sqrt{x})(\sqrt{x+1}+\sqrt{x})}{\sqrt{x+1}+\sqrt{x}} = \frac{(x+1)-x}{\sqrt{x+1}+\sqrt{x}} = \frac{1}{\sqrt{x+1}+\sqrt{x}}. \]

Quand \(x\to+\infty\), le dénominateur \(\sqrt{x+1}+\sqrt{x}\to+\infty\), donc \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(\sqrt{x+1}-\sqrt{x}) = 0\).

Exemple 2 — Expression plus générale

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}(\sqrt{x^2+x}-x)\).

\[ \sqrt{x^2+x}-x = \frac{(x^2+x)-x^2}{\sqrt{x^2+x}+x} = \frac{x}{\sqrt{x^2+x}+x}. \]

On factorise \(x\) au dénominateur (pour \(x > 0\), \(\sqrt{x^2+x} = x\sqrt{1+1/x}\)) :

\[ \frac{x}{x\!\left(\sqrt{1+1/x}+1\right)} = \frac{1}{\sqrt{1+1/x}+1} \;\xrightarrow[x\to+\infty]{}\; \frac{1}{\sqrt{1}+1} = \frac{1}{2}. \]

La limite vaut \(\dfrac{1}{2}\).

Exemple 3 — Limite en un point

Calculons \(\displaystyle\lim_{x\to 4}\frac{\sqrt{x}-2}{x-4}\). C'est une forme \(0/0\).

\[ \frac{\sqrt{x}-2}{x-4} = \frac{\sqrt{x}-2}{(\sqrt{x}-2)(\sqrt{x}+2)} = \frac{1}{\sqrt{x}+2} \;\xrightarrow[x\to 4]{}\; \frac{1}{\sqrt{4}+2} = \frac{1}{4}. \]
Piège — Oublier de vérifier le domaine

La racine \(\sqrt{u(x)}\) n'est définie que pour \(u(x)\ge 0\). Avant tout calcul de limite, vérifier que l'expression est bien définie au voisinage du point considéré. Par exemple, \(\sqrt{2x-3}\) n'est défini qu'à partir de \(x = 3/2\) ; la limite en \(-\infty\) n'a pas de sens.

Figure 3 — \(\sqrt{x+c}-\sqrt{x}\) et son comportement en \(+\infty\)

\(\sqrt{x+c}-\sqrt{x}\)
asymptote \(y=0\)

4 — Limite d'une fonction composée \(f(ax+b)\)

Une fois la limite de la « partie intérieure » \(u(x) = ax+b\) identifiée, il suffit d'appliquer la limite usuelle de \(f\) à ce résultat. C'est le théorème de composition des limites dans le cas affine, le cas le plus courant au programme de Terminale A.

Théorème

Soit \(u(x) = ax + b\) avec \(a \neq 0\), et soit \(f\) l'une des fonctions de référence (\(x^2\), \(\sqrt{x}\), \(1/x\), \(\ln x\), \(e^x\)). Si \(\lim u(x) = \ell\) (fini ou infini) et si \(f\) admet une limite \(L\) en \(\ell\), alors :

\[ \lim f\!\bigl(u(x)\bigr) = L. \]

En pratique, on procède en deux étapes : d'abord calculer la limite de \(ax+b\), puis appliquer la règle usuelle de \(f\) à ce résultat intermédiaire.

Méthode — Les deux étapes

Étape 1 : identifier \(u(x) = ax + b\) et déterminer \(\lim u(x)\) comme une limite affine usuelle.
Étape 2 : remplacer mentalement \(u(x)\) par sa limite dans la fonction \(f\) et lire la limite usuelle de \(f\) à ce point.

Exemple 1 — Racine carrée

\(\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\sqrt{2x-3}\). On a \(u(x)=2x-3 \to +\infty\), et \(\sqrt{u}\to+\infty\). Donc la limite vaut \(+\infty\).

Exemple 2 — Exponentielle

\(\displaystyle\lim_{x\to+\infty} e^{-2x+1}\). On a \(u(x)=-2x+1 \to -\infty\), et \(e^u \to 0^+\). Donc la limite vaut \(0^+\).

Exemple 3 — Logarithme

\(\displaystyle\lim_{x\to(1/2)^+} \ln(2x-1)\). On a \(u(x)=2x-1 \to 0^+\) quand \(x\to(1/2)^+\), et \(\ln u \to -\infty\). Donc la limite vaut \(-\infty\).

Exemple 4 — Inverse

\(\displaystyle\lim_{x\to(-2/3)^+} \frac{1}{3x+2}\). On a \(3x+2 \to 0^+\) donc \(\dfrac{1}{3x+2}\to+\infty\). À gauche de \(-2/3\) : \(3x+2 \to 0^-\) donc \(\dfrac{1}{3x+2}\to-\infty\). La limite globale n'existe pas.

Piège — Ne pas oublier le sens d'approche d'un pôle

Quand la limite intérieure est \(0\), il faut impérativement préciser si c'est \(0^+\) ou \(0^-\) avant d'appliquer la limite de \(f = 1/u\) ou de \(f = \ln u\). Le signe de \(u(x)\) au voisinage du point est déterminé par celui de \(a\) dans \(u(x)=ax+b\).

Figure 4 — \(f(ax+b)\) : choisir \(f\), \(a\) et \(b\)

\(f(ax+b)\)
Résumé — L'essentiel à retenir
Limites de référence

Puissances, racine carrée, \(e^x\), \(\ln x\) : mémoriser le comportement en \(\pm\infty\) et en \(0\). Pôles : toujours distinguer la limite à gauche et à droite.

Formes indéterminées

\(\infty-\infty\), \(\infty/\infty\), \(0/0\), \(0\times\infty\). Lever par factorisation (terme dominant) ou par quantité conjuguée.

Fractions rationnelles

En \(\pm\infty\) : factoriser par le plus haut degré, les termes inférieurs disparaissent. Le résultat dépend de la comparaison des degrés.

Quantité conjuguée

Multiplier et diviser par \(\sqrt{A}+\sqrt{B}\) pour transformer \(\sqrt{A}-\sqrt{B}\) en \(\dfrac{A-B}{\sqrt{A}+\sqrt{B}}\).

Composée affine

\(f(ax+b)\) : calculer d'abord \(\lim(ax+b)\), puis appliquer la limite usuelle de \(f\) à ce résultat. Attention au signe en cas de pôle (\(0^+\) vs \(0^-\)).

Exercice type Bac — Étude d'une fonction rationnelle et irrationnelle

Étude d'une fonction rationnelle et irrationnelle

On considère la fonction \(f\) définie par \(\displaystyle f(x) = \frac{\sqrt{3x+4}-2}{x-0}\) pour \(x \neq 0\) et \(x \ge -4/3\), puis la fonction \(g\) définie par \(\displaystyle g(x) = \frac{2x^2 - x - 3}{x^2 - 1}\).

Question 1 — Limite de \(g\) en \(+\infty\). Calculer \(\displaystyle\lim_{x\to+\infty} g(x)\).

Solution

C'est une forme \(\infty/\infty\). Les deux polynômes sont de même degré 2. On divise numérateur et dénominateur par \(x^2\) :

\[ g(x) = \frac{2 - 1/x - 3/x^2}{1 - 1/x^2} \;\xrightarrow[x\to+\infty]{}\; \frac{2}{1} = 2. \]

La courbe de \(g\) admet donc la droite \(y = 2\) comme asymptote horizontale en \(+\infty\).

Question 2 — Limite de \(g\) en \(1\). Étudier le comportement de \(g\) au voisinage de \(x = 1\).

Solution

Le dénominateur \(x^2 - 1 = (x-1)(x+1)\) s'annule en \(x=1\). Le numérateur en \(x=1\) vaut \(2(1)^2 - 1 - 3 = -2 \neq 0\). C'est donc bien un pôle.

En \(x = 1^+\) : \(x-1 \to 0^+\) et \(x+1 \to 2 > 0\), donc \((x-1)(x+1) \to 0^+\). Le numérateur tend vers \(-2 < 0\). Donc \(g(x) \to -\infty\).

En \(x = 1^-\) : \(x-1 \to 0^-\) et \(x+1 \to 2\), donc le dénominateur \(\to 0^-\). Avec un numérateur négatif, \(g(x) \to +\infty\).

La droite \(x = 1\) est une asymptote verticale à la courbe de \(g\).

Question 3 — Simplification de \(g\). Montrer que, pour \(x \neq \pm 1\), \(g(x) = \dfrac{2x-3}{x-1}\).

Solution

On factorise le numérateur : \(2x^2 - x - 3\). On cherche deux facteurs du type \((2x - a)(x - b)\) avec \(ab = 3\) et \(a + 2b = 1\). On trouve \(a = 3\), \(b = -1\) :

\[ 2x^2 - x - 3 = (2x - 3)(x + 1). \]

Le dénominateur \(x^2 - 1 = (x-1)(x+1)\). Donc :

\[ g(x) = \frac{(2x-3)(x+1)}{(x-1)(x+1)} = \frac{2x-3}{x-1} \quad (x \neq -1). \]

Question 4 — Limite de \(f\) en \(0\). Calculer \(\displaystyle\lim_{x\to 0} f(x) = \lim_{x\to 0} \frac{\sqrt{3x+4}-2}{x}\).

Solution

C'est une forme \(0/0\). On multiplie par la quantité conjuguée \(\sqrt{3x+4}+2\) :

\[ f(x) = \frac{(\sqrt{3x+4}-2)(\sqrt{3x+4}+2)}{x(\sqrt{3x+4}+2)} = \frac{(3x+4)-4}{x(\sqrt{3x+4}+2)} = \frac{3x}{x(\sqrt{3x+4}+2)} = \frac{3}{\sqrt{3x+4}+2}. \]

Quand \(x\to 0\) : \(\sqrt{3(0)+4}+2 = \sqrt{4}+2 = 4\). Donc \(\displaystyle\lim_{x\to 0} f(x) = \frac{3}{4}\).

Question 5 — Interprétation graphique. Que représente géométriquement la valeur \(3/4\) trouvée à la question 4 ?

Solution

La limite \(\displaystyle\lim_{x\to 0}\frac{f(x) - f(0)}{x - 0}\) est précisément la définition du nombre dérivé de \(h(x) = \sqrt{3x+4}\) en \(x = 0\). En effet, \(h(0) = 2\) et \(\dfrac{\sqrt{3x+4} - 2}{x} \to \dfrac{3}{4}\).

La valeur \(3/4\) est donc le coefficient directeur de la tangente à la courbe de \(h : x \mapsto \sqrt{3x+4}\) en son point d'abscisse \(0\). Cette tangente a pour équation \(y = \tfrac{3}{4}x + 2\).

II

Fonctions numériques — Dérivation

12 h de cours Analyse En ligne

1 — Taux de variation et nombre dérivé

La dérivation naît d'une question concrète : à quelle vitesse une quantité change-t-elle ? En analyse, on mesure cette vitesse par le taux de variation d'une fonction entre deux points, puis on fait tendre les deux points l'un vers l'autre pour obtenir la vitesse instantanée — le nombre dérivé.

Définition — Taux de variation

Soit \(f\) une fonction définie sur un intervalle \(I\), et \(x_0 \in I\). Pour tout \(h \neq 0\) tel que \(x_0+h \in I\), le taux de variation de \(f\) entre \(x_0\) et \(x_0+h\) est :

\[\tau(h) = \frac{f(x_0+h)-f(x_0)}{h}.\]

Géométriquement, \(\tau(h)\) est le coefficient directeur de la droite sécante à la courbe passant par les points d'abscisses \(x_0\) et \(x_0+h\).

Définition — Nombre dérivé et tangente

\(f\) est dérivable en \(x_0\) si la limite suivante existe et est finie :

\[f'(x_0) = \lim_{h \to 0} \frac{f(x_0+h)-f(x_0)}{h}.\]

Cette limite s'appelle le nombre dérivé de \(f\) en \(x_0\). Géométriquement, c'est le coefficient directeur de la tangente à la courbe \(\mathcal{C}_f\) au point d'abscisse \(x_0\), d'équation :

\[y = f'(x_0)(x - x_0) + f(x_0).\]
Exemple 1 — Calcul par définition

Calculons \(f'(1)\) pour \(f(x) = x^2\).

\(\dfrac{f(1+h)-f(1)}{h} = \dfrac{(1+h)^2 - 1}{h} = \dfrac{1+2h+h^2-1}{h} = \dfrac{h(2+h)}{h} = 2+h \xrightarrow[h\to 0]{} 2.\)

Donc \(f'(1) = 2\), et la tangente en \(x_0=1\) a pour équation \(y = 2(x-1)+1 = 2x-1\).

Exemple 2 — Interprétation physique

Un mobile parcourt une distance \(d(t) = 3t^2 + 2t\) mètres en \(t\) secondes. La vitesse instantanée à \(t_0 = 2\) s est \(d'(2)\).

\(\dfrac{d(2+h)-d(2)}{h} = \dfrac{3(2+h)^2+2(2+h)-(12+4)}{h} = \dfrac{3(4+4h+h^2)+4+2h-16}{h} = \dfrac{12h+3h^2+2h}{h} = 14+3h \to 14.\)

La vitesse instantanée à \(t=2\) s est donc \(14\) m/s.

Piège fréquent

Ne pas confondre le taux de variation \(\tau(h)\) (qui dépend encore de \(h\)) et le nombre dérivé \(f'(x_0)\) (qui est sa limite quand \(h\to 0\)). Le taux de variation est la pente d'une sécante ; le nombre dérivé est la pente de la tangente.

Figure 1 — De la sécante à la tangente : faites glisser \(h\) vers 0

Courbe \(f\)
Sécante
Tangente en \(x_0\)

2 — Dérivées usuelles et opérations

Plutôt que de revenir chaque fois à la définition, on dispose d'un catalogue de dérivées connues et de règles qui permettent de dériver toute combinaison de fonctions sans calcul de limite.

Propriété — Dérivées usuelles \[\begin{array}{ll} (c)' = 0 \quad (c \in \mathbb{R}) & \qquad (x)' = 1 \\[4pt] (x^n)' = nx^{n-1} & \qquad \left(\sqrt{x}\right)' = \dfrac{1}{2\sqrt{x}} \quad (x>0) \\[6pt] \left(\dfrac{1}{x}\right)' = -\dfrac{1}{x^2} & \qquad (\ln x)' = \dfrac{1}{x} \quad (x>0) \\[6pt] (e^x)' = e^x \end{array}\]
Propriété — Règles opératoires

Si \(u\) et \(v\) sont dérivables, et \(k \in \mathbb{R}\) :

\[\begin{array}{ll} (u+v)' = u'+v' & \qquad (ku)' = ku' \\[4pt] (uv)' = u'v + uv' & \qquad \left(\dfrac{u}{v}\right)' = \dfrac{u'v - uv'}{v^2} \quad (v \neq 0) \end{array}\]
Méthode — Dériver un quotient

Pour \(\left(\dfrac{u}{v}\right)'\), on identifie d'abord \(u\) et \(v\), on calcule séparément \(u'\) et \(v'\), puis on applique la formule. Ne jamais « dériver numérateur et dénominateur séparément » sans la formule !

Exemple 1 — Règle du produit

Soit \(f(x) = x^3 e^x\). Posons \(u = x^3\) et \(v = e^x\), alors \(u' = 3x^2\) et \(v' = e^x\).

\(f'(x) = 3x^2 \cdot e^x + x^3 \cdot e^x = e^x(3x^2 + x^3) = x^2 e^x(3+x).\)

Exemple 2 — Règle du quotient

Soit \(g(x) = \dfrac{2x-1}{x^2+1}\). Posons \(u = 2x-1\), \(v = x^2+1\), donc \(u' = 2\), \(v' = 2x\).

\(g'(x) = \dfrac{2(x^2+1)-(2x-1)\cdot 2x}{(x^2+1)^2} = \dfrac{2x^2+2-4x^2+2x}{(x^2+1)^2} = \dfrac{-2x^2+2x+2}{(x^2+1)^2}.\)

Exemple 3 — Combinaison linéaire et logarithme

Soit \(h(x) = 3\ln x - \dfrac{2}{x} + 5\) définie sur \(\,]0;+\infty[\).

\(h'(x) = \dfrac{3}{x} - \left(-\dfrac{2}{x^2}\right) + 0 = \dfrac{3}{x} + \dfrac{2}{x^2} = \dfrac{3x+2}{x^2}.\)

Piège — Quotient vs produit

\(\left(\dfrac{1}{x^2}\right)'\) peut se traiter comme un quotient (\(u=1,\ v=x^2\)) ou comme une puissance \((x^{-2})' = -2x^{-3}\). Les deux donnent le même résultat \(-\dfrac{2}{x^3}\), mais la méthode des puissances est souvent plus rapide.

3 — Dérivée d'une composée \(f(ax+b)\)

Le programme de Terminale A limite la dérivation des fonctions composées au cas où la fonction « intérieure » est affine, c'est-à-dire de la forme \(x \mapsto ax+b\). Cette situation est extrêmement fréquente au Bac et mérite qu'on la maîtrise parfaitement.

Théorème — Dérivée de \(f(ax+b)\)

Si \(f\) est dérivable et \(a, b \in \mathbb{R}\), alors la fonction \(x \mapsto f(ax+b)\) est dérivable et :

\[\big[f(ax+b)\big]' = a \cdot f'(ax+b).\]

En d'autres termes, on dérive normalement \(f\), on évalue en \(ax+b\), et on multiplie par la dérivée de la fonction intérieure, c'est-à-dire par \(a\).

Formulaire des composées affines \[\begin{array}{ll} \big[(ax+b)^n\big]' = na(ax+b)^{n-1} &\qquad \left[\sqrt{ax+b}\right]' = \dfrac{a}{2\sqrt{ax+b}} \\[8pt] \left[\dfrac{1}{ax+b}\right]' = -\dfrac{a}{(ax+b)^2} &\qquad \big[\ln(ax+b)\big]' = \dfrac{a}{ax+b} \\[8pt] \big[e^{ax+b}\big]' = a\,e^{ax+b} \end{array}\]
Méthode — Identifier la structure

Avant de dériver, identifier \(f\) et la fonction affine intérieure \(u = ax+b\). Repérer le coefficient \(a\) qui « sort » devant lors de la dérivation. En cas de doute, noter la dérivée de \(f\) en \(u\) puis remplacer \(u\) par \(ax+b\) et multiplier par \(a\).

Exemple 1 — Puissance d'une expression affine

\(f(x) = (3x-2)^4\) : ici \(f : t \mapsto t^4\) et \(u = 3x-2\), donc \(a = 3\).

\(f'(x) = 4 \times 3 \times (3x-2)^3 = 12(3x-2)^3.\)

Exemple 2 — Racine carrée

\(g(x) = \sqrt{5-2x}\) définie sur \(\left]-\infty\,;\frac{5}{2}\right[\). Ici \(a = -2\).

\(g'(x) = \dfrac{-2}{2\sqrt{5-2x}} = -\dfrac{1}{\sqrt{5-2x}}.\)

Exemple 3 — Exponentielle et logarithme

\(h(x) = e^{-2x+1}\) : \(h'(x) = -2\,e^{-2x+1}\).

\(k(x) = \ln(4x+3)\) définie sur \(\left]-\frac{3}{4}\,;+\infty\right[\) : \(k'(x) = \dfrac{4}{4x+3}\).

Piège — Oublier le coefficient \(a\)

\(\big[e^{3x}\big]'\) n'est pas \(e^{3x}\), mais bien \(3e^{3x}\). De même, \(\big[\ln(5x)\big]' = \dfrac{5}{5x} = \dfrac{1}{x}\) (et non \(\dfrac{1}{5x}\)). Le facteur \(a\) est systématiquement obligatoire.

Figure 2 — Courbe de \(f(ax+b)\) et sa dérivée : choisissez \(f\), \(a\) et \(b\)

\(y = f(ax+b)\)
\(y = [f(ax+b)]'\)

4 — Signe de la dérivée et variations

Connaître la dérivée d'une fonction, c'est bien ; savoir en extraire l'information sur le comportement de la fonction, c'est encore mieux. Le lien entre le signe de \(f'\) et les variations de \(f\) est au cœur de l'étude de fonction.

Théorème — Signe de \(f'\) et sens de variation

Soit \(f\) dérivable sur un intervalle \(I\).

  • Si \(f'(x) > 0\) pour tout \(x \in I\), alors \(f\) est strictement croissante sur \(I\).
  • Si \(f'(x) < 0\) pour tout \(x \in I\), alors \(f\) est strictement décroissante sur \(I\).
  • Si \(f'(x) = 0\) pour tout \(x \in I\), alors \(f\) est constante sur \(I\).

Si \(f'\) s'annule en un point \(x_0\) en changeant de signe, \(f\) admet un extremum local en \(x_0\) : minimum si \(f'\) passe de \(-\) à \(+\), maximum si \(f'\) passe de \(+\) à \(-\).

Méthode — Dresser un tableau de variations

Étape 1 : calculer \(f'(x)\). Étape 2 : résoudre \(f'(x) = 0\) et repérer les points où \(f'\) n'est pas définie. Étape 3 : signer \(f'\) sur chaque intervalle (tableau de signes). Étape 4 : en déduire le tableau de variations de \(f\), en calculant les valeurs remarquables (\(f\) aux extrémités et aux points critiques).

Exemple 1 — Polynôme du second degré (composée affine)

Étudier les variations de \(f(x) = (2x-1)^2\) sur \(\mathbb{R}\).

\(f'(x) = 2 \times 2 \times (2x-1) = 4(2x-1).\)

\(f'(x) = 0 \iff 2x-1 = 0 \iff x = \tfrac{1}{2}.\)

\(x\)\(-\infty\)\(\frac{1}{2}\)\(+\infty\)
\(f'(x)\)0+
\(f(x)\)\(+\infty\)0\(+\infty\)

\(f\) est décroissante sur \(\left]-\infty\,;\frac{1}{2}\right]\), croissante sur \(\left[\frac{1}{2}\,;+\infty\right[\), avec un minimum global \(f\!\left(\frac{1}{2}\right) = 0\).

Exemple 2 — Fonction avec exponentielle

Étudier les variations de \(g(x) = x\,e^{-x}\) sur \(\mathbb{R}\).

\(g'(x) = 1 \cdot e^{-x} + x \cdot (-e^{-x}) = e^{-x}(1-x).\)

Comme \(e^{-x} > 0\) pour tout \(x\), le signe de \(g'\) est celui de \((1-x)\) : \(g'(x) > 0 \iff x < 1\) et \(g'(x) < 0 \iff x > 1\).

\(g\) est croissante sur \(]-\infty\,; 1]\), décroissante sur \([1\,;+\infty[\), avec un maximum \(g(1) = e^{-1} = \dfrac{1}{e}\).

Exemple 3 — Fonction rationnelle

Étudier les variations de \(h(x) = \dfrac{x^2}{x-1}\) sur \(]-\infty\,;1[\).

\(h'(x) = \dfrac{2x(x-1)-x^2 \cdot 1}{(x-1)^2} = \dfrac{2x^2-2x-x^2}{(x-1)^2} = \dfrac{x^2-2x}{(x-1)^2} = \dfrac{x(x-2)}{(x-1)^2}.\)

Sur \(]-\infty\,;1[\), \((x-1)^2 > 0\). On signe \(x(x-2)\) : il s'annule en \(x=0\) et \(x=2\) (mais \(x=2\notin\,]-\infty\,;1[\)). Pour \(x < 0\) : \(x(x-2) = (\text{nég.})(\text{nég.}) > 0\) ; pour \(0 < x < 1\) : \(x(x-2) = (\text{pos.})(\text{nég.}) < 0\).

\(h\) est croissante sur \(]-\infty\,;0]\), décroissante sur \([0\,;1[\), avec un maximum local \(h(0) = 0\).

Astuce — Factoriser \(f'(x)\)

Dans les exercices de Bac, \(f'\) est souvent déjà factorisée ou se factorise facilement. Si l'énoncé demande de montrer que \(f'(x) = \ldots\), vérifier que la forme donnée se factorise bien et signer chaque facteur séparément.

Figure 3 — Variations de \(f(x) = x^2 + ax + b\) : déplacez les paramètres

\(f(x) = x^2 + ax + b\)
\(f'(x) = 2x + a\)
Minimum de \(f\)

Exercice type Bac — Étude complète d'une fonction

Étude de \(f(x) = (2x-1)\,e^{-x}\) sur \(\mathbb{R}\)

Question 1 — Calculer \(f'(x)\) et la simplifier.

Solution

\(f\) est le produit de \(u(x) = 2x-1\) et de \(v(x) = e^{-x}\).

On a \(u'(x) = 2\) et \(v'(x) = -e^{-x}\) (composée affine avec \(a=-1\)).

\(f'(x) = u'v + uv' = 2e^{-x} + (2x-1)(-e^{-x}) = e^{-x}\big[2 - (2x-1)\big] = e^{-x}(3-2x).\)

Question 2 — Signe de \(f'(x)\) et tableau de variations.

Solution

Comme \(e^{-x} > 0\) pour tout réel \(x\), le signe de \(f'(x)\) est celui de \((3-2x)\).

\(3 - 2x > 0 \iff x < \dfrac{3}{2}.\)

\(x\)\(-\infty\)\(\frac{3}{2}\)\(+\infty\)
\(f'(x)\)+0
\(f(x)\) \(-\infty\) \(2e^{-3/2}\) \(0\)

\(f\) est croissante sur \(\left]-\infty\,;\frac{3}{2}\right]\) et décroissante sur \(\left[\frac{3}{2}\,;+\infty\right[\), avec un maximum \(f\!\left(\frac{3}{2}\right) = (2\times\frac{3}{2}-1)e^{-3/2} = 2e^{-3/2}\).

Question 3 — Équation de la tangente en \(x_0 = 0\).

Solution

\(f(0) = (0-1)e^{0} = -1\).

\(f'(0) = e^{0}(3-0) = 3\).

L'équation de la tangente en \(x_0 = 0\) est : \(y = 3(x - 0) + (-1) = 3x - 1.\)

Question 4 — Limites aux bornes.

Solution

En \(+\infty\) : \(e^{-x} \to 0\) et \((2x-1)\) croît, mais les exponentielles l'emportent sur les polynômes : \(\lim_{x\to+\infty} f(x) = 0\). La courbe admet la droite \(y=0\) comme asymptote horizontale en \(+\infty\).

En \(-\infty\) : \(2x-1 \to -\infty\) et \(e^{-x} \to +\infty\), donc \(f(x) \to -\infty\). La courbe n'a pas d'asymptote en \(-\infty\).

Question 5 — Point d'intersection avec l'axe des abscisses.

Solution

\(f(x) = 0 \iff (2x-1)e^{-x} = 0 \iff 2x-1 = 0\) (car \(e^{-x} \neq 0\)) \(\iff x = \dfrac{1}{2}\).

La courbe coupe l'axe des abscisses en \(\left(\dfrac{1}{2}\,; 0\right)\) uniquement.

L'essentiel pour le Bac
Nombre dérivé

\(f'(x_0) = \lim_{h \to 0} \dfrac{f(x_0+h)-f(x_0)}{h}\). Tangente : \(y = f'(x_0)(x-x_0)+f(x_0)\).

Dérivées usuelles

\((x^n)' = nx^{n-1}\), \((\sqrt x)' = \frac{1}{2\sqrt x}\), \((\ln x)' = \frac{1}{x}\), \((e^x)' = e^x\).

Règles opératoires

\((uv)' = u'v+uv'\). \(\left(\frac{u}{v}\right)' = \frac{u'v-uv'}{v^2}\).

Composée affine

\([f(ax+b)]' = a \cdot f'(ax+b)\). Le coefficient \(a\) sort systématiquement.

Signe de \(f'\) et variations

\(f' > 0 \Rightarrow f\) croissante. \(f' < 0 \Rightarrow f\) décroissante. Changement de signe de \(f'\) : extremum local.

Méthode Bac

Calculer \(f'\), factoriser, dresser le tableau de signes, puis le tableau de variations avec les valeurs remarquables.

III

Fonctions numériques — Travaux pratiques

12 h de cours Analyse En ligne

III.1 — Étude d'une fonction polynôme

Définition

Une fonction polynôme de degré \(n\) est une fonction de la forme \[f(x) = a_n x^n + a_{n-1}x^{n-1} + \cdots + a_1 x + a_0,\] où les \(a_i\) sont des réels et \(a_n \neq 0\). Son domaine de définition est toujours \(\mathbb{R}\) tout entier : il n'y a aucune valeur interdite.

Propriété — Dérivée d'un polynôme

Si \(f(x) = a_n x^n + \cdots + a_1 x + a_0\), alors \[f'(x) = n a_n x^{n-1} + (n-1)a_{n-1}x^{n-2} + \cdots + a_1.\] En pratique on dérive terme à terme : \((x^n)' = n x^{n-1}\), \((ax)' = a\), \((a)' = 0\).

Propriété — Lien signe de \(f'\) et variations de \(f\)

Sur un intervalle où \(f'(x) > 0\), la fonction \(f\) est strictement croissante. Sur un intervalle où \(f'(x) < 0\), elle est strictement décroissante. En un point \(x_0\) où \(f'(x_0) = 0\) et où \(f'\) change de signe, \(f\) admet un extremum local.

Méthode — Étude complète d'un polynôme
  1. Domaine : \(\mathcal{D}_f = \mathbb{R}\) toujours.
  2. Dériver \(f\) terme à terme pour obtenir \(f'\).
  3. Factoriser \(f'\) (mise en facteur, identités remarquables, facteur commun) pour déterminer facilement son signe.
  4. Tableau de signes de \(f'\) puis tableau de variations de \(f\).
  5. Calculer les valeurs en les points critiques et aux extrémités (ou limites en \(\pm\infty\)).
Exemple 1 — Polynôme de degré 3

Soit \(f(x) = x^3 - 3x + 2\). On dérive terme à terme : \(f'(x) = 3x^2 - 3 = 3(x^2 - 1) = 3(x-1)(x+1)\).

Le produit \(3(x-1)(x+1)\) est positif quand les deux facteurs sont de même signe, négatif quand ils sont de signes opposés. On obtient : \(f'(x) > 0\) sur \(]-\infty\,;-1[\) et sur \(]1\,;+\infty[\), et \(f'(x) < 0\) sur \(]-1\,;1[\).

Ainsi \(f\) est croissante, puis décroissante, puis croissante. Les extrema locaux sont : maximum \(f(-1) = -1 + 3 + 2 = 4\) et minimum \(f(1) = 1 - 3 + 2 = 0\).

Exemple 2 — Polynôme de degré 4 avec factorisation astucieuse

Soit \(f(x) = x^4 - 2x^2 + 1\). On reconnaît une identité remarquable : \(f(x) = (x^2 - 1)^2 = (x-1)^2(x+1)^2 \geq 0\).

Dérivée : \(f'(x) = 4x^3 - 4x = 4x(x^2 - 1) = 4x(x-1)(x+1)\). C'est un produit de trois facteurs linéaires de coefficient dominant \(4 > 0\). Tableau de signe :

\(x\) \(-\infty\) \(-1\) \(0\) \(1\) \(+\infty\)
\(f'(x)\) \(-\) \(0\)\(+\) \(0\)\(-\) \(0\)\(+\)
\(f\) \(+\infty\)\(\searrow\) \(0\)\(\nearrow\) \(1\)\(\searrow\) \(0\)\(\nearrow\) \(+\infty\)

La fonction admet deux minimums globaux en \(x = \pm 1\) (valeur \(0\)) et un maximum local en \(x = 0\) (valeur \(1\)).

Exemple 3 — Polynôme de degré 4 général

Soit \(g(x) = x^4 - 8x^2 + 12\). Alors \(g'(x) = 4x^3 - 16x = 4x(x^2 - 4) = 4x(x-2)(x+2)\). Les racines de \(g'\) sont \(x = -2, 0, 2\).

Valeurs remarquables : \(g(-2) = 16 - 32 + 12 = -4\), \(g(0) = 12\), \(g(2) = 16 - 32 + 12 = -4\). La courbe possède donc deux minimums globaux (\(-4\)) et un maximum local (\(12\)).

Piège courant

Quand \(f'(x_0) = 0\), on dit que \(x_0\) est un point critique, mais cela ne signifie pas forcément un extremum. Si \(f'\) ne change pas de signe en \(x_0\) — par exemple \(h(x) = x^3\) avec \(h'(0) = 0\) mais \(h'\) reste positive de part et d'autre — alors il n'y a pas d'extremum, seulement un point d'inflexion à tangente horizontale. Toujours vérifier le changement de signe.

Astuce — Coefficient dominant et comportement global

Pour un polynôme \(f(x) = a_n x^n + \cdots\), le comportement en \(\pm\infty\) est dicté par \(a_n x^n\) seul. Si \(a_n > 0\) et \(n\) pair : \(f \to +\infty\) des deux côtés. Si \(a_n > 0\) et \(n\) impair : \(f \to -\infty\) à gauche et \(+\infty\) à droite. Ces informations guident la lecture du tableau de variations avant même de calculer.

Figure III.1 — Polynôme de degré 3 : exploration interactive

\(f(x) = x^3 + ax^2 + bx + c\)
\(f'(x)\)

III.2 — Fonctions rationnelles et asymptotes

Définition

Une fonction rationnelle est une fonction de la forme \(f(x) = \dfrac{P(x)}{Q(x)}\), où \(P\) et \(Q\) sont des polynômes avec \(Q \not\equiv 0\). Son domaine de définition est \(\mathbb{R}\) privé des racines de \(Q\) : \(\mathcal{D}_f = \{x \in \mathbb{R} \mid Q(x) \neq 0\}\).

Définition — Asymptotes

On appelle asymptote verticale en \(x = x_0\) toute droite verticale telle que \(f(x) \to \pm\infty\) quand \(x \to x_0\) (avec \(x_0\) racine de \(Q\) non racine de \(P\)). On appelle asymptote horizontale en \(y = \ell\) toute droite horizontale telle que \(f(x) \to \ell\) quand \(x \to +\infty\) ou \(x \to -\infty\).

Méthode — Lire les asymptotes d'une fraction rationnelle
  1. Asymptote verticale : résoudre \(Q(x) = 0\). Pour chaque racine \(x_0\), calculer \(\lim_{x \to x_0^+} f(x)\) et \(\lim_{x \to x_0^-} f(x)\) (analyser les signes au voisinage).
  2. Asymptote horizontale : diviser numérateur et dénominateur par la plus haute puissance de \(x\) présente, puis passer à la limite. Si \(\deg P < \deg Q\), la limite est \(0\). Si \(\deg P = \deg Q\), la limite est le rapport des coefficients dominants.
  3. Décomposer : pour \(f(x) = \dfrac{ax+b}{cx+d}\), écrire \(f(x) = \dfrac{a}{c} + \dfrac{k}{cx+d}\) (division euclidienne) permet de lire simultanément l'asymptote horizontale \(y = a/c\) et la forme de la dérivée.
Exemple 1 — Fraction simple \(\dfrac{2x+1}{x-1}\)

Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{1\}\). Division euclidienne : \(2x + 1 = 2(x-1) + 3\), donc \(f(x) = 2 + \dfrac{3}{x-1}\).

Asymptote verticale \(x = 1\) : quand \(x \to 1^+\), \(\frac{3}{x-1} \to +\infty\) ; quand \(x \to 1^-\), \(\frac{3}{x-1} \to -\infty\). Asymptote horizontale \(y = 2\) : quand \(x \to \pm\infty\), \(\frac{3}{x-1} \to 0\).

Dérivée : \(f'(x) = -\dfrac{3}{(x-1)^2} < 0\) sur tout le domaine. La fonction est donc strictement décroissante sur chacun des deux intervalles \(]-\infty\,;1[\) et \(]1\,;+\infty[\).

Exemple 2 — Fraction \(\dfrac{x+3}{2x-4}\)

Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{2\}\). Division : \(x + 3 = \tfrac{1}{2}(2x-4) + 5\), donc \(f(x) = \dfrac{1}{2} + \dfrac{5}{2x-4}\).

Asymptote verticale \(x = 2\) : quand \(x \to 2^+\), \(\frac{5}{2x-4} \to +\infty\) ; quand \(x \to 2^-\), \(\frac{5}{2x-4} \to -\infty\).

Asymptote horizontale \(y = \tfrac{1}{2}\) : quand \(x \to \pm\infty\).

Dérivée (règle du quotient, avec \(u = x+3\), \(v = 2x-4\)) :

\[ f'(x) = \frac{1 \cdot (2x-4) - (x+3) \cdot 2}{(2x-4)^2} = \frac{2x - 4 - 2x - 6}{(2x-4)^2} = \frac{-10}{(2x-4)^2} < 0. \]

\(f'\) est partout strictement négative : \(f\) est décroissante sur chacun des deux intervalles de son domaine.

Exemple 3 — Fraction avec numérateur de degré supérieur

Soit \(h(x) = \dfrac{x^2 - 1}{x + 2}\). Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{-2\}\). Division euclidienne de \(x^2 - 1\) par \(x + 2\) : \(x^2 - 1 = (x+2)(x-2) + 3\), donc \(h(x) = x - 2 + \dfrac{3}{x+2}\).

Quand \(x \to \pm\infty\), \(\frac{3}{x+2} \to 0\) donc \(h(x) \approx x - 2\) : la droite \(y = x - 2\) est une asymptote oblique (voir section suivante). L'asymptote verticale est \(x = -2\).

Piège — Racine commune au numérateur et au dénominateur

Si \(Q(x_0) = 0\) et \(P(x_0) = 0\) simultanément, il n'y a pas nécessairement d'asymptote verticale en \(x_0\). Par exemple \(f(x) = \dfrac{x^2 - 4}{x - 2} = \dfrac{(x-2)(x+2)}{x-2} = x + 2\) pour \(x \neq 2\). La droite \(x = 2\) n'est pas une asymptote : la fonction se prolonge par continuité. Toujours simplifier avant de conclure.

Astuce — Signe de la dérivée d'une fraction de la forme \(\dfrac{a}{(cx+d)^2}\)

Quand on obtient \(f'(x) = \dfrac{k}{(cx+d)^2}\), le dénominateur est toujours positif. Le signe de \(f'\) est donc entièrement déterminé par le signe de la constante \(k\) : si \(k < 0\), la fonction est décroissante partout sur son domaine sans exception. Pas besoin de tableau de signes complexe.

Figure III.2 — Fraction rationnelle : asymptotes et courbe

\(y = f(x)\)
asymptote verticale
asymptote horizontale

III.3 — Asymptote oblique

Définition

On dit que la droite \(y = mx + p\) est une asymptote oblique de \(f\) en \(+\infty\) (resp. \(-\infty\)) si \(\lim_{x \to +\infty} \bigl[f(x) - (mx+p)\bigr] = 0\). Cela se produit quand le degré du numérateur est exactement égal au degré du dénominateur plus un : \(\deg P = \deg Q + 1\).

Méthode — Trouver une asymptote oblique
  1. Effectuer la division euclidienne de \(P\) par \(Q\) : on obtient \(P(x) = Q(x) \cdot (mx + p) + r(x)\) où \(\deg r < \deg Q\).
  2. Donc \(f(x) = mx + p + \dfrac{r(x)}{Q(x)}\), et \(\dfrac{r(x)}{Q(x)} \to 0\) quand \(x \to \pm\infty\).
  3. La droite \(y = mx + p\) est l'asymptote oblique.
Exemple complet — \(f(x) = \dfrac{2x^2 + x - 3}{x - 1}\)

Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{1\}\). Division : \(2x^2 + x - 3 = (x-1)(2x+3) + 0\), donc \(f(x) = 2x + 3\) pour \(x \neq 1\).

Ici le reste est nul : \(x = 1\) est une racine commune que l'on simplifie, et la fonction se prolonge en une droite. Il n'y a ni asymptote verticale, ni asymptote oblique — seulement un trou en \(x = 1\).

Exemple 2 — \(g(x) = \dfrac{x^2 + 2x - 1}{x + 1}\)

Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{-1\}\). Division : \(x^2 + 2x - 1 = (x+1)(x+1) - 2\), donc \(g(x) = x + 1 - \dfrac{2}{x+1}\).

Asymptote oblique : \(y = x + 1\) (quand \(x \to \pm\infty\), \(\frac{2}{x+1} \to 0\)). Asymptote verticale : \(x = -1\).

Dérivée : \(g'(x) = 1 + \dfrac{2}{(x+1)^2} > 0\) : la fonction est strictement croissante sur chacun des deux intervalles de son domaine, ce qui est cohérent avec le comportement d'une hyperbole tournée par rapport aux axes.

Piège — Confondre asymptote et courbe

Une asymptote est une droite dont la courbe s'approche, mais la courbe peut la croiser avant de s'y rapprocher à l'infini. Par exemple, si \(g(x) - (x+1) = -\frac{2}{x+1}\), alors \(g(-1+\varepsilon) - ((-1+\varepsilon)+1)\) change de signe selon le côté de \(-1\). La courbe est alternativement au-dessus et en-dessous de son asymptote.

Figure III.3 — Asymptote oblique : décomposition interactive

\(g(x) = x + 1 - \frac{2}{x+1}\)
asymptote verticale \(x=-1\)
asymptote oblique \(y=x+1\)

Exercice type Bac — Étude complète d'une fonction

Étude complète d'une fonction rationnelle

On considère la fonction \(f\) définie sur \(\mathbb{R} \setminus \{2\}\) par \[f(x) = \frac{x^2 - x - 2}{x - 2}.\]

Question 1 — Domaine et simplification éventuelle.

Solution

Le seul réel interdit est \(x = 2\) (racine du dénominateur). Factorisons le numérateur : \(x^2 - x - 2 = (x-2)(x+1)\). On obtient donc \[f(x) = \frac{(x-2)(x+1)}{x-2} = x + 1 \quad \text{pour } x \neq 2.\] La valeur \(x = 2\) est exclue du domaine, mais la courbe est en réalité la droite \(y = x + 1\) avec un trou en \((2\,;\,3)\). Il n'y a ni asymptote verticale, ni asymptote oblique proprement dite.

Question 2 — Dérivée et variations.

Solution

Sur \(\mathbb{R} \setminus \{2\}\), \(f(x) = x + 1\) donc \(f'(x) = 1 > 0\) partout sur le domaine. La fonction est strictement croissante sur \(]-\infty\,;2[\) et sur \(]2\,;+\infty[\).

Question 3 — Étude de \(g(x) = \dfrac{x^2 + 1}{x - 1}\).

Solution

Domaine : \(\mathbb{R} \setminus \{1\}\). Le numérateur \(x^2 + 1 \geq 1 > 0\) ne s'annule jamais, donc il n'y a pas de simplification.

Division euclidienne : \(x^2 + 1 = (x-1)(x+1) + 2\), donc \(g(x) = x + 1 + \dfrac{2}{x-1}\).

Asymptote verticale \(x = 1\) et asymptote oblique \(y = x + 1\).

Dérivée :

\[ g'(x) = 1 - \frac{2}{(x-1)^2} = \frac{(x-1)^2 - 2}{(x-1)^2}. \]

\(g'(x) = 0 \Leftrightarrow (x-1)^2 = 2 \Leftrightarrow x = 1 \pm \sqrt{2}\). Soit \(x_1 = 1 - \sqrt{2} \approx -0{,}41\) et \(x_2 = 1 + \sqrt{2} \approx 2{,}41\).

Question 4 — Tableau de variations de \(g\).

Solution

Le dénominateur \((x-1)^2 > 0\) toujours, le signe de \(g'\) est celui de \((x-1)^2 - 2\).

\(x\) \(-\infty\) \(x_1\) \(1\) \(x_2\) \(+\infty\)
\(g'(x)\) \(+\) \(0\)\(-\) ||\(-\) \(0\)\(+\)
\(g\) \(-\infty\)\(\nearrow\) \(x_1+1+\frac{2}{x_1-1}\)\(\searrow\) ||\(\searrow\) \(x_2+1+\frac{2}{x_2-1}\)\(\nearrow\) \(+\infty\)

Valeur au maximum local : \(g(x_1) = (1-\sqrt{2})+1+\dfrac{2}{-\sqrt{2}} = 2 - \sqrt{2} - \sqrt{2} = 2 - 2\sqrt{2} \approx -0{,}83\). Valeur au minimum local : \(g(x_2) = 2 + \sqrt{2} + \sqrt{2} = 2 + 2\sqrt{2} \approx 4{,}83\).

Question 5 — Position de la courbe par rapport à l'asymptote oblique.

Solution

On a \(g(x) - (x+1) = \dfrac{2}{x-1}\). Ce reste est positif quand \(x > 1\) (la courbe est au-dessus de l'asymptote) et négatif quand \(x < 1\) (la courbe est en-dessous). La courbe ne coupe donc jamais son asymptote oblique, mais est de part et d'autre selon la branche considérée.

L'essentiel pour le Bac
Polynômes

Domaine toujours \(\mathbb{R}\). Dériver terme à terme, factoriser \(f'\), dresser le tableau de signes. Le coefficient dominant détermine le comportement en \(\pm\infty\).

Asymptote verticale

Dénominateur nul, numérateur non nul. Analyser les signes à gauche et à droite pour savoir si \(f \to +\infty\) ou \(-\infty\).

Asymptote horizontale

Diviser par la plus haute puissance. Si \(\deg P = \deg Q\) : limite = rapport des coefficients dominants. Si \(\deg P < \deg Q\) : limite = 0.

Asymptote oblique

Division euclidienne de \(P\) par \(Q\) quand \(\deg P = \deg Q + 1\). Écrire \(f(x) = mx + p + \frac{r(x)}{Q(x)}\).

Dérivée d'un quotient

\(\left(\dfrac{u}{v}\right)' = \dfrac{u'v - uv'}{v^2}\). Si le résultat est \(\dfrac{k}{v^2}\) avec \(k\) constant, le signe de \(f'\) est celui de \(k\).

Point critique sans extremum

Si \(f'(x_0) = 0\) mais \(f'\) ne change pas de signe, c'est un point d'inflexion. Toujours vérifier le changement de signe avant de conclure.

IV

Suites numériques

12 h de cours Analyse En ligne

IV.1 — Généralités et sens de variation

Définition — Suite numérique

Une suite numérique est une application de \(\mathbb{N}\) (ou d'une partie de \(\mathbb{N}\)) dans \(\mathbb{R}\). On note ses valeurs \(u_0, u_1, u_2, \ldots\) ou encore \((u_n)_{n \ge 0}\). Deux modes de définition sont courants.

Forme explicite : on donne directement \(u_n\) en fonction de \(n\), par exemple \(u_n = 3n^2 - 1\). On peut alors calculer n'importe quel terme sans connaître les précédents.

Forme récurrente : on donne \(u_0\) (le premier terme) et une relation de la forme \(u_{n+1} = f(u_n)\). Pour obtenir \(u_5\), il faut d'abord calculer \(u_1, u_2, u_3, u_4\) dans l'ordre.

Sens de variation — Critère

Une suite est croissante si \(u_{n+1} \ge u_n\) pour tout \(n\), et décroissante si \(u_{n+1} \le u_n\). En pratique, on étudie le signe de \(u_{n+1} - u_n\).

Lorsque tous les termes de la suite sont strictement positifs, on peut aussi comparer \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) à \(1\) : si le quotient est supérieur à \(1\), la suite croît ; s'il est inférieur à \(1\), elle décroît.

Méthode — Étudier la monotonie par la différence

Pour montrer que \((u_n)\) est croissante à partir de la forme explicite \(u_n = f(n)\), on calcule \(u_{n+1} - u_n = f(n+1) - f(n)\) et on détermine le signe de cette expression en fonction de \(n\).

  1. Exprimer \(u_{n+1}\) en remplaçant \(n\) par \(n+1\) dans la formule.
  2. Former la différence \(u_{n+1} - u_n\) et la simplifier (factorisation si nécessaire).
  3. Conclure : signe constant positif → croissante ; négatif → décroissante.
Exemple 1 — Forme explicite simple

Soit \(u_n = 2n + 5\). On a \(u_{n+1} - u_n = 2(n+1)+5 - (2n+5) = 2 > 0\). La suite est donc strictement croissante.

Exemple 2 — Forme récurrente

Soit \(u_0 = 10\) et \(u_{n+1} = \dfrac{u_n}{2} + 1\). Calculons les premiers termes : \(u_1 = 6\), \(u_2 = 4\), \(u_3 = 3\), \(u_4 = 2{,}5\). La suite semble décroissante. On vérifie : si \(u_n > 2\), alors \(u_{n+1} - u_n = 1 - \dfrac{u_n}{2} < 0\), ce qui confirme la décroissance tant que les termes restent supérieurs à \(2\).

Piège fréquent

Vérifier que quelques termes croissent ne suffit pas à conclure : il faut que la propriété soit établie pour tout \(n \ge 0\). Une suite peut croître pour les premiers rangs puis décroître (par exemple \(u_n = n\,e^{-n}\)).

Représentation de deux suites — visualisation interactive

\(u_n = 2n+5\)
\(v_n = -n^2/4+6\)

IV.2 — Suites arithmétiques

Définition

Une suite \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r \in \mathbb{R}\) si chaque terme s'obtient en ajoutant \(r\) au précédent : \[u_{n+1} = u_n + r \quad \text{pour tout } n \ge 0.\] Si \(r > 0\), la suite est croissante ; si \(r < 0\), décroissante ; si \(r = 0\), tous les termes sont égaux (suite constante).

Terme général et somme \[ u_n = u_0 + n\,r \]

Cette formule permet d'accéder directement à n'importe quel terme sans calculer les intermédiaires. Elle montre que \(u_n\) est une fonction affine de \(n\).

\[ S_n = u_0 + u_1 + \cdots + u_n = \frac{(n+1)\,(u_0 + u_n)}{2} \]

La somme vaut « nombre de termes » multiplié par « demi-somme du premier et du dernier terme ». Remarquons qu'il y a \(n+1\) termes de \(u_0\) à \(u_n\).

Méthode — Identifier une suite arithmétique
  1. Calculer \(u_1 - u_0\), \(u_2 - u_1\), \(u_3 - u_2\).
  2. Si toutes ces différences sont égales, la suite est arithmétique de raison \(r = u_1 - u_0\).
  3. Écrire la formule du terme général \(u_n = u_0 + nr\).
Exemple 1 — Calcul de terme et de somme

\((u_n)\) est arithmétique de raison \(r = 3\) et \(u_0 = 5\).

Terme général : \(u_n = 5 + 3n\).
Terme d'indice 10 : \(u_{10} = 5 + 3 \times 10 = 35\).
Somme \(S_{10}\) : \(S_{10} = \dfrac{11 \times (5 + 35)}{2} = \dfrac{11 \times 40}{2} = 220\).

Exemple 2 — Retrouver la raison et le premier terme

On sait que \(u_3 = 11\) et \(u_7 = 19\). Trouver \(r\), \(u_0\) et \(u_{20}\).

De \(u_7 = u_3 + 4r\) on tire \(19 = 11 + 4r\), donc \(r = 2\).
Ensuite \(u_0 = u_3 - 3r = 11 - 6 = 5\).
Enfin \(u_{20} = 5 + 2 \times 20 = 45\).

Exemple 3 — Somme partielle

On veut calculer la somme des entiers de \(1\) à \(100\). La suite \(u_n = n\) est arithmétique, \(u_1 = 1\), \(u_{100} = 100\), donc \(S = \dfrac{100 \times (1 + 100)}{2} = 5050\).

Piège — Compter le bon nombre de termes

De \(u_0\) à \(u_n\) il y a \(n+1\) termes, pas \(n\). De \(u_p\) à \(u_q\) il y en a \(q - p + 1\). Oublier le « \(+1\) » est l'erreur classique dans le calcul de somme.

Suite arithmétique — ajustez \(u_0\) et la raison \(r\)

\(u_n = u_0 + nr\)

IV.3 — Suites géométriques et somme des termes

Définition

Une suite \((u_n)\) est géométrique de raison \(q \ne 0\) si chaque terme s'obtient en multipliant le précédent par \(q\) : \[u_{n+1} = q\,u_n \quad \text{pour tout } n \ge 0.\] La raison \(q\) est le rapport constant \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) (valable tant que \(u_n \ne 0\)).

Terme général et somme \[ u_n = u_0 \cdot q^n \] \[ S_n = u_0 + u_1 + \cdots + u_n = u_0 \cdot \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q} \quad (q \ne 1) \]

Cas particulier : si \(q = 1\), tous les termes valent \(u_0\) et \(S_n = (n+1)\,u_0\).

Méthode — Identifier une suite géométrique
  1. Si tous les termes sont non nuls, calculer \(\dfrac{u_1}{u_0}\), \(\dfrac{u_2}{u_1}\), etc.
  2. Si ces rapports sont tous égaux, la suite est géométrique de raison \(q\).
  3. Écrire \(u_n = u_0 \cdot q^n\).
Exemple 1 — Raison entière

\((u_n)\) géométrique de raison \(q = 3\), \(u_0 = 2\).

\(u_5 = 2 \times 3^5 = 2 \times 243 = 486\).
\(S_5 = 2 \times \dfrac{1 - 3^6}{1 - 3} = 2 \times \dfrac{1 - 729}{-2} = 2 \times 364 = 728\).

Exemple 2 — Raison décimale (placement financier)

Un capital de \(1000\) € est placé à intérêts composés de taux \(5\,\%\) par an. Le capital après \(n\) années vaut \(u_n = 1000 \times 1{,}05^n\). Il s'agit d'une suite géométrique de raison \(1{,}05\).

Après \(10\) ans : \(u_{10} = 1000 \times 1{,}05^{10} \approx 1629\) €.

Exemple 3 — Raison négative

Soit \(u_0 = 8\) et \(q = -\dfrac{1}{2}\). \(u_n = 8 \times \left(-\tfrac{1}{2}\right)^n\). Les termes alternent en signe et tendent vers \(0\).

Piège — Appliquer la formule de somme quand \(q = 1\)

La formule \(u_0 \dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}\) n'est pas définie pour \(q = 1\) (division par zéro). Dans ce cas, utiliser directement \(S_n = (n+1)u_0\).

Suite géométrique — faites varier \(u_0\) et \(q\)

\(u_n = u_0 \cdot q^n\)

IV.4 — Limites de suites

Définition — Convergence et divergence

On dit que \((u_n)\) converge vers \(\ell \in \mathbb{R}\) si les termes \(u_n\) se rapprochent indéfiniment de \(\ell\) quand \(n\) grandit. On note alors \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell\).

Si les termes grandissent sans limite, on écrit \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\) (divergence vers \(+\infty\)). Si la suite n'admet pas de limite (oscillation persistante), on dit qu'elle diverge.

Théorème — Limite de \(q^n\) (admis) \[ \begin{array}{lll} |q| < 1 & \Rightarrow & q^n \to 0 \\[4pt] q = 1 & \Rightarrow & q^n = 1 \text{ (constante)} \\[4pt] q > 1 & \Rightarrow & q^n \to +\infty \\[4pt] q \le -1 & \Rightarrow & \text{pas de limite (oscillations)} \end{array} \]

C'est le résultat pivot du chapitre : toute limite de suite géométrique ou de suite du type \(u_n = a \cdot q^n + b\) se ramène à ce tableau.

Limites des opérations

Si \(\lim u_n = \ell\) et \(\lim v_n = m\), alors : \(\lim (u_n + v_n) = \ell + m\), \(\lim (u_n \cdot v_n) = \ell m\), et \(\lim (u_n / v_n) = \ell/m\) si \(m \ne 0\). Ces règles permettent de calculer les limites terme à terme.

Méthode — Limites de \(u_n = f(n)\)

Lorsque \(u_n\) s'exprime comme une fraction rationnelle en \(n\), on factorise numérateur et dénominateur par la plus haute puissance de \(n\) présente, puis on passe à la limite terme à terme.

  1. Repérer la puissance dominante au dénominateur.
  2. Diviser tous les termes (numérateur et dénominateur) par cette puissance.
  3. Exploiter \(\dfrac{1}{n^k} \to 0\) pour simplifier.
Exemple 1 — Suite géométrique convergente

\(u_n = 5 \times (0{,}5)^n + 3\). Comme \(|0{,}5| < 1\), \((0{,}5)^n \to 0\), donc \(u_n \to 3\). La suite converge vers \(3\).

Exemple 2 — Fraction rationnelle

\(u_n = \dfrac{2n+1}{n+3}\). On divise par \(n\) : \[\frac{2n+1}{n+3} = \frac{2+\tfrac{1}{n}}{1+\tfrac{3}{n}} \xrightarrow[n\to+\infty]{} \frac{2}{1} = 2.\]

Exemple 3 — Racine carrée

\(v_n = \sqrt{3n+1}\). Comme \(3n+1 \to +\infty\), on a \(\sqrt{3n+1} \to +\infty\). La suite diverge vers \(+\infty\).

Exemple 4 — Raison négative, pas de limite

\(w_n = (-2)^n\). Comme \(q = -2 \le -1\), la suite oscille entre des valeurs positives et négatives de plus en plus grandes : elle n'admet pas de limite.

Astuce — Ne pas confondre \(q^n\) et \(n^k\)

Le théorème sur \(q^n\) concerne la base fixe et l'exposant variable. Pour \(u_n = n^2\) ou \(u_n = n^3\), ce sont des puissances polynomiales de \(n\) qui tendent vers \(+\infty\), pas des suites géométriques.

Comportement de \(u_n = a \cdot q^n + L\) — choisissez les paramètres

\(u_n = a \cdot q^n + L\)
Limite \(L\)

Exercice type Bac — Placement à intérêts composés

Placement à intérêts composés et comparaison de suites

Deux amis, Awa et Kofi, placent chacun de l'argent dans deux banques différentes.

  • Awa place \(500\) € à intérêts composés de taux \(4\,\%\) par an. Son capital après \(n\) années est \(A_n = 500 \times 1{,}04^n\).
  • Kofi alimente un compte par versements constants : il commence avec \(200\) € et ajoute \(60\) € chaque année. Son capital est \(K_n = 200 + 60n\).

Question 1 — Quelle est la nature de chacune des suites \((A_n)\) et \((K_n)\) ? Préciser les paramètres.

Solution

\((A_n)\) est géométrique de premier terme \(A_0 = 500\) et de raison \(q = 1{,}04\), car \(A_{n+1} = 1{,}04 \times A_n\). \((K_n)\) est arithmétique de premier terme \(K_0 = 200\) et de raison \(r = 60\), car \(K_{n+1} = K_n + 60\).

Question 2 — Calculer \(A_{10}\) et \(K_{10}\). Arrondir à l'euro.

Solution

\(A_{10} = 500 \times 1{,}04^{10}\). On calcule \(1{,}04^{10} \approx 1{,}4802\), donc \(A_{10} \approx 500 \times 1{,}4802 \approx 740\) €. \(K_{10} = 200 + 60 \times 10 = 200 + 600 = 800\) €. Après \(10\) ans, Kofi dispose de plus de capital.

Question 3 — Calculer la somme totale versée par Awa sur les \(10\) premières années (de \(A_0\) à \(A_9\)).

Solution

La somme \(S = A_0 + A_1 + \cdots + A_9\) est la somme des \(10\) premiers termes d'une suite géométrique : \[S = 500 \times \frac{1 - 1{,}04^{10}}{1 - 1{,}04} = 500 \times \frac{1 - 1{,}4802}{-0{,}04} = 500 \times \frac{0{,}4802}{0{,}04} \approx 500 \times 12 = 6001\ €.\] (Valeur exacte à vérifier à la calculatrice.)

Question 4 — Étudier les limites de \((A_n)\) et \((K_n)\) quand \(n \to +\infty\). Interpréter.

Solution

Pour \((A_n)\) : la raison \(q = 1{,}04 > 1\), donc \(1{,}04^n \to +\infty\), et \(A_n = 500 \times 1{,}04^n \to +\infty\). Le capital d'Awa croît sans limite, et de plus en plus vite. Pour \((K_n)\) : \(K_n = 200 + 60n \to +\infty\) également, mais de façon linéaire (un terme de plus en plus petit relativement). À long terme, c'est \((A_n)\) qui « écrase » \((K_n)\) : la croissance exponentielle l'emporte toujours sur la croissance linéaire.

Question 5 (bonus) — À partir de quelle année \(n\) le capital d'Awa dépasse-t-il celui de Kofi ?

Solution

On cherche le plus petit \(n\) tel que \(A_n > K_n\), soit \(500 \times 1{,}04^n > 200 + 60n\). Il n'existe pas de solution algébrique simple ; on procède par tâtonnement ou tableau de valeurs. Pour \(n = 10\) : \(A_{10} \approx 740\) et \(K_{10} = 800\), donc Awa est encore derrière. Pour \(n = 20\) : \(A_{20} = 500 \times 1{,}04^{20} \approx 500 \times 2{,}191 \approx 1096\) et \(K_{20} = 200 + 1200 = 1400\), toujours derrière. Pour \(n = 40\) : \(A_{40} \approx 500 \times 4{,}801 \approx 2400\) et \(K_{40} = 2600\), encore derrière. Pour \(n = 50\) : \(A_{50} \approx 500 \times 7{,}107 \approx 3554\) et \(K_{50} = 3200\) — Awa dépasse Kofi ! Le croisement a lieu entre \(n = 40\) et \(n = 50\), vers \(n \approx 47\).

L'essentiel pour le Bac
Suite arithmétique

Raison \(r\) constante : \(u_{n+1} = u_n + r\). Terme général : \(u_n = u_0 + nr\). Somme : \(S_n = \dfrac{(n+1)(u_0+u_n)}{2}\).

Suite géométrique

Raison \(q \ne 0\) : \(u_{n+1} = qu_n\). Terme général : \(u_n = u_0 q^n\). Somme : \(S_n = u_0 \dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}\) (\(q \ne 1\)).

Limites de \(q^n\)

\(|q|<1\) : \(q^n \to 0\). \(q>1\) : \(q^n \to +\infty\). \(q \le -1\) : pas de limite.

Suites du type \(f(n)\)

Fractions rationnelles : diviser par la plus haute puissance de \(n\). Croissance exponentielle > polynomiale à l'infini.

V

Fonction ln et exponentielle

12 h de cours Analyse En ligne

V.1 — La fonction logarithme népérien

Définition (admise)

Il existe une unique fonction dérivable sur \(]0\,;+\infty[\), notée \(\ln\) (logarithme népérien), vérifiant :

\[ \ln(1) = 0 \qquad\text{et}\qquad (\ln x)' = \frac{1}{x} \quad\text{pour tout } x > 0. \]

Ce sont les deux caractéristiques qui définissent \(\ln\) de façon unique. Toutes les autres propriétés en découlent.

Propriété algébrique fondamentale

Pour tous réels \(a > 0\) et \(b > 0\) :

\[ \ln(ab) = \ln a + \ln b. \]

On en déduit immédiatement, pour \(a, b > 0\) et \(n \in \mathbb{Z}\) :

\[ \ln\!\left(\frac{1}{a}\right) = -\ln a \qquad \ln\!\left(\frac{a}{b}\right) = \ln a - \ln b \qquad \ln(a^{n}) = n\ln a. \]
Variations et limites

Puisque \((\ln x)' = \dfrac{1}{x} > 0\) pour tout \(x > 0\), la fonction \(\ln\) est strictement croissante sur \(]0\,;+\infty[\).

\[ \lim_{x \to 0^{+}} \ln x = -\infty \qquad\qquad \lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty. \]

Valeurs remarquables : \(\ln 1 = 0\) et, par définition du nombre \(e\), \(\ln e = 1\) (avec \(e \approx 2{,}718\)).

\(x\) \(0^+\) \(\frac{1}{e}\) \(1\) \(e\) \(+\infty\)
\(\ln x\) \(-\infty\) \(-1\) \(0\) \(1\) \(+\infty\)
variation ↗ strictement croissante
Méthode — Simplifier une expression logarithmique

Pour simplifier \(\ln A\) avec \(A > 0\), on factorise \(A\) en produit, quotient ou puissance, puis on applique les règles algébriques.

  1. Factoriser l'expression sous le \(\ln\).
  2. Développer avec \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\), \(\ln(a/b) = \ln a - \ln b\), \(\ln(a^n) = n\ln a\).
  3. Simplifier les termes restants.
Exemple 1 — Simplifications de base

Calculer \(\ln\!\left(\dfrac{e^{3}}{\sqrt{e}}\right)\).

\(\ln\!\left(\dfrac{e^{3}}{\sqrt{e}}\right) = \ln(e^3) - \ln(e^{1/2}) = 3\ln e - \tfrac{1}{2}\ln e = 3 - \tfrac{1}{2} = \dfrac{5}{2}\).

Exemple 2 — Résolution d'une équation

Résoudre \(\ln(2x - 1) = \ln 3\) (sur \(]1/2\,;+\infty[\)).

\(\ln\) étant strictement croissante, l'équation \(\ln A = \ln B\) est équivalente à \(A = B\). Donc \(2x - 1 = 3\), soit \(x = 2\). On vérifie : \(2 \cdot 2 - 1 = 3 > 0\). Solution : \(\{2\}\).

Exemple 3 — Résolution d'une inéquation

Résoudre \(\ln x \leq \ln(3x - 2)\) sur leur domaine commun.

Domaine : \(x > 0\) et \(3x - 2 > 0\), donc \(x > 2/3\). Comme \(\ln\) est croissante, l'inéquation équivaut à \(x \leq 3x - 2\), soit \(2 \leq 2x\), soit \(x \geq 1\). En intersectant avec le domaine : \(x \geq 1\). Solution : \([1\,;+\infty[\).

Piège classique — Domaine de ln

On ne peut écrire \(\ln A\) que si \(A\) est strictement positif. Avant tout calcul, il faut donc préciser le domaine en imposant \(A > 0\). Oublier cette condition entraîne une pénalité systématique au Bac.

Astuce — Comparer via ln

Pour comparer deux réels strictement positifs \(a\) et \(b\), on peut étudier le signe de \(\ln a - \ln b = \ln(a/b)\) : il est positif si et seulement si \(a/b > 1\), c'est-à-dire \(a > b\). La croissance de \(\ln\) transforme une comparaison de réels en une comparaison de logarithmes.

Figure 1 — Courbe de y = ln x (déplacer le curseur pour lire les valeurs)

\(y = \ln x\)
tangente en \(a\)

V.2 — La fonction exponentielle

Définition

La fonction exponentielle, notée \(\exp\) ou \(x \mapsto e^{x}\), est la fonction réciproque de \(\ln\). Cela signifie que, pour tout \(x \in \mathbb{R}\) :

\[ \ln(e^{x}) = x \qquad\text{et}\qquad e^{\ln x} = x \;(x > 0). \]

En particulier, \(e^{0} = 1\), \(e^{1} = e \approx 2{,}718\) et \(e^{-1} = 1/e\). La notation \(e^{x}\) est préférable à \(\exp(x)\) car elle respecte les règles de calcul sur les puissances.

Propriétés algébriques

Pour tous réels \(a\) et \(b\) :

\[ e^{a+b} = e^{a} \cdot e^{b} \qquad e^{-a} = \frac{1}{e^{a}} \qquad e^{a-b} = \frac{e^{a}}{e^{b}} \qquad (e^{a})^{n} = e^{na}. \]
Dérivée et variations

On admet que \((e^{x})' = e^{x}\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\). Comme \(e^{x} > 0\), la dérivée est toujours positive : \(\exp\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\).

\[ \lim_{x \to -\infty} e^{x} = 0 \qquad\qquad \lim_{x \to +\infty} e^{x} = +\infty. \]
\(x\) \(-\infty\) \(-1\) \(0\) \(1\) \(+\infty\)
\(e^{x}\) \(0^+\) \(e^{-1}\) \(1\) \(e\) \(+\infty\)
variation ↗ strictement croissante
Méthode — Résoudre une équation ou inéquation avec exp

Pour passer d'une équation/inéquation en \(\ln\) à une en \(e\) (ou inversement), on utilise la bijectivité et les relations réciproques :

  1. \(\ln u = \ln v \iff u = v\) (avec \(u, v > 0\)).
  2. \(\ln u = k \iff u = e^{k}\) (avec \(u > 0\)).
  3. \(e^{u} = e^{v} \iff u = v\).
  4. \(e^{u} = k \iff u = \ln k\) (avec \(k > 0\)).
  5. Les inégalités : \(\ln u < \ln v \iff u < v\) et \(e^u < e^v \iff u < v\).
Exemple 1 — Équation exponentielle

Résoudre \(e^{2x-1} = e^{x+3}\).

Comme \(\exp\) est injective : \(2x - 1 = x + 3\), donc \(x = 4\). Solution : \(\{4\}\).

Exemple 2 — Équation mixte ln/exp

Résoudre \(e^{x} = 5\) sur \(\mathbb{R}\).

En appliquant \(\ln\) des deux membres (loisible car \(5 > 0\)) : \(\ln(e^{x}) = \ln 5\), soit \(x = \ln 5\). Solution : \(\{\ln 5\}\).

Exemple 3 — Inéquation

Résoudre \(e^{3x} > e^{x+4}\).

Comme \(\exp\) est croissante : \(3x > x + 4\), soit \(2x > 4\), donc \(x > 2\). Solution : \(]2\,;+\infty[\).

Piège — Confusion entre ln et exp

\(e^{\ln x}\) n'est défini que pour \(x > 0\), mais \(\ln(e^{x})\) est défini pour tout \(x \in \mathbb{R}\). Ne jamais appliquer \(\ln\) à un nombre négatif ou nul : \(\ln(-2)\) n'existe pas.

Astuce — Forme canonique

Lorsqu'une expression de la forme \(A \cdot e^{kx} + B\) doit être étudiée, on met \(e^{kx}\) en facteur pour lire le signe. Exemple : \(e^{x} - 2 = e^{x}(1 - 2e^{-x})\) — mais on préfère souvent étudier \(f(x) = e^{x} - 2\) directement : \(f(x) > 0 \iff e^x > 2 \iff x > \ln 2\).

Figure 2 — Courbe de y = e^x et tangente en x = a

\(y = e^{x}\)
tangente en \(a\)

V.3 — Fonctions réciproques et symétrie graphique

Propriété — Symétrie des courbes réciproques

Deux fonctions réciproques l'une de l'autre ont leurs courbes représentatives symétriques par rapport à la droite \(y = x\). Pour \(\ln\) et \(\exp\), cela signifie que le point \((a\,;\, b)\) appartient à \(\mathcal{C}_{\exp}\) si et seulement si \((b\,;\, a)\) appartient à \(\mathcal{C}_{\ln}\).

Méthode — Étudier une inégalité utile : \(e^x \geq x + 1\)

On pose \(g(x) = e^{x} - x - 1\) et on cherche le minimum de \(g\).

  1. \(g'(x) = e^{x} - 1\) : \(g'(x) < 0\) pour \(x < 0\), \(g'(x) > 0\) pour \(x > 0\).
  2. \(g\) est donc décroissante puis croissante, avec un minimum en \(x = 0\).
  3. \(g(0) = 1 - 0 - 1 = 0\), donc \(g(x) \geq 0\) pour tout \(x\).
  4. On conclut : \(e^{x} \geq x + 1\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\), avec égalité uniquement en \(x = 0\).

Cette inégalité est très souvent demandée en préliminaire d'exercice de Bac.

Exemple — Application de l'inégalité

Montrer que \(\ln x \leq x - 1\) pour tout \(x > 0\).

Pour \(x > 0\), on pose \(t = \ln x\) (qui parcourt \(\mathbb{R}\) quand \(x\) parcourt \(]0\,;+\infty[\)). L'inégalité \(e^{t} \geq t + 1\) s'écrit \(x \geq \ln x + 1\), soit \(\ln x \leq x - 1\). L'égalité a lieu en \(t = 0\), c'est-à-dire en \(x = 1\).

Astuce — Lire la symétrie sur la figure

Sur la figure interactive ci-dessous, on peut vérifier que le passage d'un point de \(\mathcal{C}_{\exp}\) à sa symétrique par rapport à \(y = x\) donne bien un point de \(\mathcal{C}_{\ln}\). Le curseur permet de déplacer le point et d'observer la construction en temps réel.

Figure 3 — Symétrie de ln et exp par rapport à y = x (déplacer le point bleu)

\(y = e^{x}\)
\(y = \ln x\)
\(y = x\)

Exercice type Bac — Étude de \((x-1)e^x+1\)

Étude de la fonction \(f(x) = (x-1)\,e^{x} + 1\)

Question 1 — Domaine et limites aux bornes.

Solution

\(f\) est définie sur \(\mathbb{R}\) car \(e^{x}\) et les fonctions polynômes sont définies sur \(\mathbb{R}\).

En \(-\infty\) : Quand \(x \to -\infty\), \(e^{x} \to 0\) avec une vitesse beaucoup plus grande que \(|x|\) croît (\(e^x\) est une infiniment petite rapide). Donc \((x-1)e^{x} \to 0\), soit \(\lim_{x\to -\infty} f(x) = 1\). La droite \(y = 1\) est une asymptote horizontale en \(-\infty\).

En \(+\infty\) : \((x-1) \to +\infty\) et \(e^{x} \to +\infty\), donc \((x-1)e^x \to +\infty\) et \(f(x) \to +\infty\).

Question 2 — Dérivée et tableau de variations.

Solution

On dérive \(f(x) = (x-1)e^{x} + 1\) par la règle du produit :

\(f'(x) = 1 \cdot e^{x} + (x-1) \cdot e^{x} = e^{x}(1 + x - 1) = x\,e^{x}.\)

Comme \(e^{x} > 0\) pour tout \(x\), le signe de \(f'(x)\) est celui de \(x\) : \(f'(x) < 0\) pour \(x < 0\) et \(f'(x) > 0\) pour \(x > 0\). Donc \(f\) est décroissante sur \(]-\infty\,;0]\) et croissante sur \([0\,;+\infty[\), avec un minimum en \(x = 0\) : \(f(0) = (0-1)e^0 + 1 = -1 + 1 = 0\).

Question 3 — Sens de la variation de \(f'\).

Solution

On calcule \(f''(x) = (xe^x)' = e^x + xe^x = (1+x)e^x\). \(f''(x) > 0 \iff x > -1\), donc \(f'\) est croissante sur \([-1\,;+\infty[\) et décroissante sur \(]-\infty\,;-1]\). La courbe de \(f\) présente un point d'inflexion en \(x = -1\) : \(f(-1) = (-2)e^{-1} + 1 = 1 - 2/e\).

Question 4 — Position par rapport à l'axe des abscisses.

Solution

Le minimum de \(f\) est \(f(0) = 0\). Comme \(f(0) = 0\) et c'est le minimum global, on a \(f(x) \geq 0\) pour tout \(x\), avec égalité uniquement en \(x = 0\).

Cela implique en particulier que \((x-1)e^{x} \geq -1\) pour tout réel \(x\), inégalité que l'on peut retrouver en posant \(t = x\) dans l'inégalité \(e^t \geq t + 1\) vue en cours.

Question 5 — Équation de la tangente au minimum.

Solution

Au point \((0\,;\, f(0)) = (0\,;\,0)\), la pente de la tangente est \(f'(0) = 0 \cdot e^0 = 0\). La tangente est donc l'axe des abscisses \(y = 0\). C'est cohérent avec le fait que \(x = 0\) est un minimum : la tangente y est toujours horizontale.

L'essentiel pour le Bac
Logarithme népérien

Définie sur \(]0\,;+\infty[\), \(\ln 1 = 0\), \((\ln x)' = 1/x\). Croissante, \(\ln x \to -\infty\) en \(0^+\), \(\ln x \to +\infty\) en \(+\infty\). Règles : \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\), \(\ln(a/b) = \ln a - \ln b\), \(\ln(a^n) = n\ln a\).

Exponentielle

Réciproque de \(\ln\) : \(e^{\ln x} = x\) (\(x > 0\)), \(\ln(e^x) = x\). Croissante sur \(\mathbb{R}\) ; \(e^x \to 0\) en \(-\infty\), \(\to +\infty\) en \(+\infty\). \((e^x)' = e^x\), \(e^{a+b} = e^a e^b\), \(e^{-a} = 1/e^a\).

Résolution d'équations

\(\ln u = k \iff u = e^k\) (avec \(u > 0\)). \(e^u = k \iff u = \ln k\) (avec \(k > 0\)). \(\ln u = \ln v \iff u = v\) (avec \(u,v > 0\)). \(e^u = e^v \iff u = v\).

Inégalité fondamentale

\(e^x \geq x + 1\) pour tout \(x\) (égalité en \(x = 0\)). Corollaire : \(\ln x \leq x - 1\) pour tout \(x > 0\) (égalité en \(x = 1\)). Ces inégalités se démontrent par étude du minimum d'une fonction auxiliaire.

Symétrie des courbes

Les courbes de \(\ln\) et de \(\exp\) sont symétriques par rapport à la droite \(y = x\). Cela signifie que \((a\,;b) \in \mathcal{C}_{\exp}\) ssi \((b\,;a) \in \mathcal{C}_{\ln}\).

Domaine — piège essentiel

\(\ln A\) n'est défini que si \(A > 0\). Toujours préciser le domaine avant de résoudre une équation ou inéquation. Oublier cette condition entraîne une pénalité directe au Bac.

VI

Équations, inéquations et systèmes avec ln et exp

12 h de cours Analyse En ligne

VI.1 — Équations avec l'exponentielle

Propriété fondamentale

La fonction exponentielle est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\), donc bijective : elle ne prend jamais deux fois la même valeur. On dispose ainsi de l'équivalence \[e^u = e^v \iff u = v.\] Cette simple observation permet de « dés-exponentier » une équation en égalant directement les exposants.

Exemple 1 — Équation directe

Résoudre \(e^{2x-1} = e^3\).

Les deux membres ont la même base \(e\), donc on égale les exposants : \[2x - 1 = 3 \iff 2x = 4 \iff x = 2.\] L'ensemble solution est \(\mathbb{S} = \{2\}\).

Exemple 2 — Mise en évidence

Résoudre \(e^{3x} = e^{x+4}\).

\[3x = x + 4 \iff 2x = 4 \iff x = 2.\] \(\mathbb{S} = \{2\}\).

Méthode — Changement d'inconnue

Lorsqu'une équation contient à la fois \(e^{2x}\) et \(e^x\), on remarque que \(e^{2x} = (e^x)^2\). On pose alors \(t = e^x\), avec la contrainte impérative \(t > 0\) (l'exponentielle est toujours strictement positive). L'équation se ramène à un polynôme du second degré en \(t\) ; une fois \(t\) trouvé, on revient à \(x\) par \(x = \ln t\) (uniquement si \(t > 0\)).

Exemple 3 — Trinôme via changement d'inconnue

Résoudre \(e^{2x} - 5e^x + 6 = 0\).

On pose \(t = e^x > 0\). Comme \(e^{2x} = t^2\), l'équation devient : \[t^2 - 5t + 6 = 0.\] On factorise : \((t - 2)(t - 3) = 0\), donc \(t = 2\) ou \(t = 3\). Ces deux valeurs sont bien strictement positives, on peut revenir à \(x\) : \[e^x = 2 \Rightarrow x = \ln 2, \qquad e^x = 3 \Rightarrow x = \ln 3.\] \(\mathbb{S} = \{\ln 2\,;\,\ln 3\}\).

Exemple 4 — Solution exclue par la contrainte \(t > 0\)

Résoudre \(e^{2x} + 3e^x - 4 = 0\).

Avec \(t = e^x > 0\) : \(t^2 + 3t - 4 = 0\), soit \((t+4)(t-1) = 0\). On obtient \(t = -4\) ou \(t = 1\). La valeur \(t = -4\) est rejetée car \(e^x > 0\). Pour \(t = 1\) : \(e^x = 1 \Rightarrow x = 0\). \(\mathbb{S} = \{0\}\).

Piège courant

Après avoir résolu le trinôme en \(t\), il faut absolument vérifier que \(t > 0\) avant de calculer \(\ln t\). Une valeur négative ou nulle de \(t\) doit être rejetée sans hésitation.

Figure 1 — Résolution graphique de \(e^{2x} - 5e^x + 6 = 0\)

La courbe bleue représente \(f(x)=e^{2x}-5e^x+6\). Les points rouges matérialisent les zéros \(x=\ln 2\) et \(x=\ln 3\). Déplacez le curseur pour explorer les valeurs de \(f\).

VI.2 — Équations avec le logarithme

Propriété fondamentale

Le logarithme népérien est strictement croissant sur \(]0\,;+\infty[\), donc bijectif sur cet intervalle : \[\ln u = \ln v \iff u = v \quad (\text{avec } u > 0 \text{ et } v > 0).\] Contrairement à l'exponentielle qui est définie sur tout \(\mathbb{R}\), le logarithme exige que ses arguments soient strictement positifs. Cette vérification du domaine est une étape obligatoire, jamais optionnelle.

Exemple 1 — Équation directe

Résoudre \(\ln(x+2) = \ln(3x-4)\).

Domaine : il faut \(x + 2 > 0\) et \(3x - 4 > 0\), soit \(x > -2\) et \(x > \tfrac{4}{3}\), donc \(x > \tfrac{4}{3}\).

Sur ce domaine, par injectivité de \(\ln\) : \[x + 2 = 3x - 4 \iff 6 = 2x \iff x = 3.\] Comme \(3 > \tfrac{4}{3}\), la solution est valide : \(\mathbb{S} = \{3\}\).

Exemple 2 — Somme de logarithmes

Résoudre \(\ln x + \ln(x+3) = \ln 10\).

Domaine : \(x > 0\) (la condition \(x+3>0\) est alors automatiquement satisfaite).

On applique \(\ln a + \ln b = \ln(ab)\) : \[\ln\!\big(x(x+3)\big) = \ln 10 \iff x(x+3) = 10.\] \[x^2 + 3x - 10 = 0.\] Discriminant : \(\Delta = 9 + 40 = 49\), \(\sqrt{\Delta} = 7\). \[x = \frac{-3 \pm 7}{2} \Rightarrow x = 2 \text{ ou } x = -5.\] Seul \(x = 2 > 0\) est dans le domaine. \(\mathbb{S} = \{2\}\).

Exemple 3 — Passage à l'exponentielle

Résoudre \(\ln(2x-1) = 2\).

Domaine : \(2x - 1 > 0\), soit \(x > \tfrac{1}{2}\).

On applique \(e^{\ln(\cdot)} = (\cdot)\) : \[\ln(2x-1) = 2 \iff 2x - 1 = e^2 \iff x = \frac{e^2 + 1}{2}.\] Comme \(\tfrac{e^2+1}{2} \approx 4{,}19 > \tfrac{1}{2}\), la solution est valide : \(\mathbb{S} = \!\left\{\dfrac{e^2+1}{2}\right\}\).

Piège — L'oubli du domaine

Une solution algébriquement correcte peut ne pas appartenir au domaine de définition (argument du logarithme négatif ou nul). Dans l'exemple 2, \(x = -5\) satisfait l'équation algébrique mais rend \(\ln x\) inexistant : elle doit être rejetée. Cette vérification finale est toujours exigée au Bac.

Figure 2 — Intersection de \(y = \ln x + \ln(x+3)\) et \(y = \ln 10\)

Courbe bleue : \(g(x) = \ln x + \ln(x+3)\). Droite verte : \(y = \ln 10\). L'intersection se lit en \(x = 2\).

VI.3 — Inéquations

Propriété — Sens des inégalités

Parce que \(\exp\) et \(\ln\) sont toutes deux strictement croissantes, elles conservent le sens des inégalités :

\[u < v \iff e^u < e^v \qquad (u, v \in \mathbb{R})\] \[u < v \iff \ln u < \ln v \qquad (u, v > 0)\]

Une fonction strictement décroissante aurait inversé le sens : c'est la raison pour laquelle il faut vérifier le sens de variation avant de passer une inégalité « sous l'exponentielle » ou « sous le logarithme ».

Exemple 1 — Inéquation exponentielle simple

Résoudre \(e^x \leq 5\).

L'exponentielle est croissante, donc on peut prendre le logarithme des deux membres en conservant le sens : \[e^x \leq 5 \iff x \leq \ln 5.\] \(\mathbb{S} = ]-\infty\,;\,\ln 5]\).

Exemple 2 — Inéquation avec paramètre de domaine

Résoudre \(\ln(2x-1) > 0\).

Domaine : \(2x - 1 > 0\), soit \(x > \tfrac{1}{2}\).

On remarque que \(\ln 1 = 0\), et \(\ln\) est croissante, donc : \[\ln(2x-1) > 0 \iff 2x - 1 > 1 \iff x > 1.\] En croisant avec le domaine \(x > \tfrac{1}{2}\), on obtient : \(\mathbb{S} = ]1\,;+\infty[\).

Exemple 3 — Inéquation mixte

Résoudre \(e^{2x} > 3e^x\).

On écrit \(e^{2x} - 3e^x > 0\), puis on factorise par \(e^x > 0\) : \[e^x(e^x - 3) > 0.\] Puisque \(e^x > 0\) toujours, l'inégalité est équivalente à \(e^x - 3 > 0\), soit \(e^x > 3\), soit \(x > \ln 3\). \(\mathbb{S} = ]\ln 3\,;+\infty[\).

Astuce — Factoriser par \(e^x\)

Quand une inéquation contient \(e^{2x}\) et \(e^x\), il est souvent plus rapide de factoriser par \(e^x\) (toujours positif) que de poser \(t = e^x\) : on économise le changement de variable tout en traitant le signe correctement.

Figure 3 — Résolution graphique d'inéquations exponentielles

Courbe bleue : \(y = e^x\). Choisissez la valeur \(k\) pour visualiser la solution de \(e^x \leq k\).

VI.4 — Systèmes simples

Méthode générale

Un système mêlant logarithmes et opérations arithmétiques se résout souvent en deux temps. On exploite d'abord les propriétés de \(\ln\) pour transformer la somme ou la différence de logarithmes en une relation sur le produit ou le quotient des inconnues. On dispose alors d'un système {somme ; produit} classique, que l'on résout via un trinôme du second degré dont les inconnues sont les deux racines.

Exemple 1 — Système somme/produit via \(\ln\)

Résoudre \(\displaystyle\begin{cases} x + y = 7 \\ \ln x + \ln y = \ln 12 \end{cases}\) avec \(x > 0\) et \(y > 0\).

La seconde équation s'écrit \(\ln(xy) = \ln 12\), soit \(xy = 12\) (par injectivité de \(\ln\)).

On sait donc que \(x + y = 7\) et \(xy = 12\) : \(x\) et \(y\) sont les racines du trinôme \[t^2 - 7t + 12 = 0.\] Discriminant : \(\Delta = 49 - 48 = 1\), \(\sqrt{\Delta} = 1\). \[t = \frac{7 \pm 1}{2} \Rightarrow t = 4 \text{ ou } t = 3.\] Ces deux valeurs sont positives, donc valides. \(\mathbb{S} = \{(4\,;\,3)\,;\,(3\,;\,4)\}\).

Exemple 2 — Système avec exponentielle

Résoudre \(\displaystyle\begin{cases} e^a \cdot e^b = e^5 \\ e^a + e^b = e^2 + e^3 \end{cases}\).

La première équation donne \(e^{a+b} = e^5\), soit \(a + b = 5\). La seconde montre que \(e^a\) et \(e^b\) ont pour somme \(e^2 + e^3\) et pour produit \(e^5\) (d'après la première équation).

\(e^a\) et \(e^b\) sont racines de \(t^2 - (e^2 + e^3)t + e^5 = 0\). On vérifie : \((t - e^2)(t - e^3) = t^2 - (e^2+e^3)t + e^5\). Oui. Donc \((e^a, e^b) = (e^2, e^3)\) ou \((e^3, e^2)\), ce qui donne \((a, b) = (2, 3)\) ou \((3, 2)\).

Remarque

Un système à deux inconnues positives avec \(x + y = S\) et \(xy = P\) est toujours équivalent à : « \(x\) et \(y\) sont les racines de \(t^2 - St + P = 0\) ». Cette observation est l'outil central pour ce type de systèmes.

Exercice type Bac — Équations, inéquations et systèmes

Résolution d'équations et d'inéquations — Baccalauréat Terminale A

Partie A — Équations exponentielles. Question 1 : résoudre dans \(\mathbb{R}\) l'équation \(e^{2x} - 4e^x + 3 = 0\).

Solution

On pose \(t = e^x > 0\) ; l'équation devient : \[t^2 - 4t + 3 = 0 = (t-1)(t-3).\] Donc \(t = 1\) ou \(t = 3\), deux valeurs positives. \(e^x = 1 \Rightarrow x = 0\) ; \(e^x = 3 \Rightarrow x = \ln 3\).

\(\mathbb{S} = \{0\,;\,\ln 3\}\)

Partie B — Équations logarithmiques. Question 2 : résoudre \(\ln(x^2 - 1) = \ln(2x + 2)\).

Solution

Domaine : \(x^2 - 1 > 0\) et \(2x + 2 > 0\), soit \((x < -1 \text{ ou } x > 1)\) et \(x > -1\). En intersectant : domaine \(= ]1\,;+\infty[\).

Sur le domaine, par injectivité de \(\ln\) : \[x^2 - 1 = 2x + 2 \iff x^2 - 2x - 3 = 0 \iff (x-3)(x+1) = 0.\] Soit \(x = 3\) ou \(x = -1\). Seul \(x = 3\) est dans \(]1\,;+\infty[\).

\(\mathbb{S} = \{3\}\)

Partie C — Inéquation. Question 3 : résoudre \(\ln(3x+1) \geq \ln(x+5)\).

Solution

Domaine : \(3x + 1 > 0\) et \(x + 5 > 0\), soit \(x > -\tfrac{1}{3}\) et \(x > -5\), donc \(x > -\tfrac{1}{3}\).

Sur ce domaine, \(\ln\) croissante : \[\ln(3x+1) \geq \ln(x+5) \iff 3x + 1 \geq x + 5 \iff 2x \geq 4 \iff x \geq 2.\]

\(\mathbb{S} = [2\,;+\infty[\)

Partie D — Système. Question 4 : résoudre \(\displaystyle\begin{cases} \ln x + \ln y = \ln 6 \\ \ln x - \ln y = \ln \tfrac{2}{3} \end{cases}\), \(x > 0\), \(y > 0\).

Solution

En additionnant les deux équations : \[2\ln x = \ln 6 + \ln\tfrac{2}{3} = \ln\!\left(6 \times \tfrac{2}{3}\right) = \ln 4.\] Donc \(\ln x = \tfrac{\ln 4}{2} = \ln 2\), soit \(x = 2\).

En soustrayant la deuxième de la première : \[2\ln y = \ln 6 - \ln\tfrac{2}{3} = \ln\!\left(6 \div \tfrac{2}{3}\right) = \ln 9.\] Donc \(\ln y = \tfrac{\ln 9}{2} = \ln 3\), soit \(y = 3\).

\(\mathbb{S} = \{(2\,;\,3)\}\)

Partie E — Question de synthèse. Question 5 : montrer que pour tout \(x > 0\), on a \(\ln x \leq x - 1\), puis en déduire que \(\ln x \leq x\) pour tout \(x > 0\).

Solution

On pose \(h(x) = x - 1 - \ln x\) pour \(x > 0\). \[h'(x) = 1 - \frac{1}{x} = \frac{x-1}{x}.\] \(h'(x) < 0\) si \(x \in ]0\,;1[\), \(h'(1) = 0\), \(h'(x) > 0\) si \(x > 1\). Donc \(h\) admet un minimum en \(x = 1\), avec \(h(1) = 1 - 1 - 0 = 0\). Ainsi \(h(x) \geq 0\) pour tout \(x > 0\), c'est-à-dire \(\ln x \leq x - 1\).

Puisque \(x - 1 \leq x\) pour tout \(x\), on conclut par transitivité : \[\ln x \leq x - 1 \leq x \quad \text{pour tout } x > 0.\]

L'essentiel pour le Bac
Équations exponentielles

\(e^u = e^v \iff u = v\). Pour une équation en \(e^{2x}\) et \(e^x\), poser \(t = e^x > 0\) et résoudre le trinôme en \(t\), puis revenir par \(x = \ln t\) en vérifiant \(t > 0\).

Équations logarithmiques

\(\ln u = \ln v \iff u = v\) (avec \(u > 0\) et \(v > 0\)). Toujours déterminer le domaine avant de résoudre, et vérifier que les solutions trouvées appartiennent bien à ce domaine.

Inéquations

\(\exp\) et \(\ln\) sont croissantes : elles conservent le sens des inégalités. Prendre le logarithme ou l'exponentielle ne retourne pas le signe. Ne pas oublier le domaine pour \(\ln\).

Systèmes

Transformer \(\ln x + \ln y\) en \(\ln(xy)\) pour obtenir un système {somme ; produit}. Les inconnues sont alors les racines d'un trinôme \(t^2 - St + P = 0\). Vérifier la positivité.

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